Deux-cent-douzième numéro de Chemins d’histoire, dix-septième de la sixième saison
Émission diffusée le dimanche 2 mars 2025
L’invitée : Malika Rahal, directrice de recherche au CNRS, directrice de l’Institut d’histoire du temps présent, autrice d’un ouvrage intitulé Mille histoires diraient la mienne. L’historienne, les témoins et leurs récits, éditions de l’Ecole des hautes études en sciences sociales, collection « Apartés ».
Le thème : Les chemins d’une historienne, entre Lauragais, Nebraska et Algérie
Le canevas de l’émission
Le livre, son histoire. « Je suis une historienne de l’Algérie contemporaine et me trouve au moment de ma carrière où il convient de me faire l’historienne de mon propre parcours ». Quelle égo-histoire ? Celle de l’habilitation à diriger des recherches. Une égo-histoire en tout point opposée à celle que proposait il y a plus de 35 ans Pierre Nora. « Ni autobiographie faussement littéraire, ni confessions inutilement intimes, ni profession de foi abstraite, ni tentative de psychanalyse sauvage. L’exercice consiste à éclairer sa propre histoire comme on ferait l’histoire d’un autre, à essayer d’appliquer à soi-même, chacun dans son style et avec les méthodes qui lui sont chères, le regard froid, englobant, explicatif qu’on a si souvent porté sur d’autres. D’expliciter, en historien, le lien entre l’histoire qu’on a faite et l’histoire qui vous a fait » (citation, p. 11-12, « cette définition ne me convient à peu près en rien, et elle me semble remarquable par les restrictions et les interdits qu’elle pose à ce type d’écriture »). Pas de regard englobant et froid. Une écriture de l’histoire qui possède une dimension littéraire. Un engagement qui ne peut rester tu. L’autrice est une « historienne viscéralement anticolonialiste ». Le présent livre ajoute « le choix d’une écriture autobiographique » et assume « l’impudeur » et l’explicitation des « engagements ».
Le livre revient sur les lieux où a vécu, où a séjourné Malika Rahal. Le « rapport aux lieux » est très structurant dans l’ouvrage (une historienne « obsédée par les lieux et par le désir d’en faire toujours l’expérience directe », p. 95).
Virgule
Des lieux… A commencer par le Lauragais, dans le Sud-Ouest, entre Toulouse et Carcassonne. Des immigrés dans le Lauragais. « Une Arabe parlant l’anglais ». Famille à la fois arabe et qui parlait la langue anglaise (père Algérien, issu de la bourgeoisie de Nedroma, dans l’ouest de l’Algérie colonisée par la France, mère étatsunienne, issue d’une ferme du Sud-Est du Nebraska). Le racisme. La question des « papiers ». Transmissions familiales, expérience du sensible : la « cuisine festive » du père. Lecture 1, p. 42-43. Les objets : patchworks et būrābaḥ de laine. La langue et la musique.
Le Nebraska. « Le lieu dont j’ai les souvenirs d’enfance les plus précis et où j’ai passé le plus de temps est le Nebraska : un mois en été tous les trois ou quatre ans, quelques mois aussi à Minneapolis, où nous avons vécu en 1986 quand mon père y travaillait » (p. 55). Famille maternelle (mère de Malika Rahal, Sheryl Ann Ehlers, qui a rencontré à Bordeaux en 1967, le père de Malika Rahal, lectrice puis maîtresse de conférences et professeure au département d’anglais de l’université de Toulouse-Le Mirail). Souvenirs sensoriels puissants du Nebraska. Lecture 2, p. 57-58. Histoires familiales qui remonteraient jusqu’à Francis Cook, arrivé par le Mayflower en 1620. Les deux branches, Ehlers et Coulter. Malika Rahal et les Indiens. « Petite fille, il y avait là pour moi une difficulté : d’évidence, les Indiens, c’était nous. Et je pense que c’était si évidemment nous parce que nous étions des Arabes » (p. 68). La .
L’Algérie de l’enfance. Le père, « l’Indien » (surnom dû à une émission dont le récitant était Abdelkader Mohieddine Rahal, le père de MR). L’histoire du père, né en 1943, mort en 1989. L’oncle (« Mon-oncle-le-martyr-Zoheir », p. 191). La grand-mère maternelle, Mamani. Les textes du grand-père, Babasidi. Souvenirs d’Algérie, Nedroma, avant 1988, puis le refuge marocain où sont morts, après le père, les grands-parents paternels en 1990 puis en 1992.
La Palestine découverte en 1995, à l’occasion d’un stage intensif d’arabe (à l’université de Birzeit). L’apprentissage de la langue arabe par la suite.

Le rapport avec l’Algérie, à travers les travaux (thèse, sous la direction de Benjamin Stora, INALCO, 2007, sur l’Union démocratique du manifeste algérien, le parti de Ferhat Abbas, publication aux éditions Barzakh, en 2017, à Alger ; livre sur Ali Boumendjel, publié en 2010, aux Belles Lettres, réédité en 2022 chez La Découverte ; le livre de 2022, Algérie 1962. Une histoire populaire, objet de l’épisode 98 de nos Chemins d’histoire) et les séjours en Algérie, retrouvée en 2003. Quelle histoire de l’Algérie contemporaine ? L’historienne et les témoins. Le projet « Mille autres » sur la disparition forcée durant la « bataille d’Alger ».

Epilogue. Les formes de l’engagement. Lecture 3, p. 278-279.