Emission 87 : Une historienne se raconte, avec Claire Zalc

Quatre-vingt-septième numéro de Chemins d’histoire, sixième numéro de la troisième saison

Émission diffusée le dimanche 3 octobre 2021

L’invitée : Claire Zalc, directrice de recherche au CNRS et directrice d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, autrice de Z ou souvenirs d’historienne, Editions de la Sorbonne, 2021.

Le thème : Une historienne se raconte

Le canevas de l’émission

Le projet et la fabrication de l’ouvrage. Du mémoire d’habilitation à diriger des recherches à l’ouvrage. Voir l’arrêté du 23 novembre 1988 : « L’habilitation à diriger des recherches sanctionne la reconnaissance du haut niveau scientifique du candidat, du caractère original de sa démarche dans un domaine de la science, de son aptitude à maitriser une stratégie de recherche dans un domaine scientifique ou technologique suffisamment large et de sa capacité à encadrer de jeunes chercheurs » (article 1) ; « Le dossier de candidature comprend soit un ou plusieurs ouvrages publiés ou dactylographiés, soit un dossier de travaux, accompagnés d’une synthèse de l’activité scientifique du candidat permettant de faire apparaître son expérience dans l’animation d’une recherche » (article 4, cité p. 229). Le dossier de candidature (qui permet de candidater aux postes de professeurs des universités) est assez peu normé en réalité (monographie, biographie, port-folio). Le présent livre est issu de la partie « biographie » de l’HDR, appelée aussi « égo-histoire ». Une volonté de détourner l’exercice dès le départ (p. 230). Claire Zalc a souhaité « décrire [son] itinéraire de recherches sous l’égide de Perec », parce qu’il lui semble « que les affinités arbitraires et électives qui [la] lient à son histoire et à ses pratiques caractérisent [son) approche du métier comme de la discipline » (p. 230). Les références, les emprunts à Perec sont multiples et complexes. D’abord évidemment dans la structure même de l’ouvrage. Le livre fonctionne sous la forme d’une dualité de récits, une alternance entre le récit biographique et le rapport académique, « qui ne se croisent ni ne se répondent et dont l’articulation fait sens » (p. 231). Dualité de récits soulignée par une dualité de polices de caractère (le parcours académique est en police « Avenir Light », p. 227). La référence ici est W ou souvenir d’enfance (1975), où alterne la présentation d’une société prétendument idéale dont l’image se désagrège et un récit autobiographique qui reconstitue des parcelles de l’enfance de Perec. D’un côté W, d’un côté Z… Incroyable parallèle. Aussi une façon, extrêmement pertinente, de mesurer l’écart entre les pérégrinations et les chemins souvent sinueux empruntés par une chercheuse et le récit d’un itinéraire dont la cohérence scientifique est toujours reconstruite. Ensuite, les emprunts à Perec se font de manière encore plus subtile : « chacun des textes consacrés à mon / ma Z opte pour un mode d’exposition perecquien, empruntant un titre, une forme, voire plagiant sans ambages un texte de Perec » (p. 231). Les emprunts (braconnage) ne sont pas toujours explicités, afin de « conserver une dimension ludique » au mémoire devenu livre. Enfin, Georges Perec et sa famille ont constitué un objet de recherche pour Claire Zalc. « Mes terrains empruntent à l’itinéraire de Perec » (exposé de soutenance d’HDR, 9 décembre 2015) : voir les chapitres « La rue Vilin » et « Les lieux d’une fugue ». Georges Perec est fils de juifs d’origine polonaise, Icek (Isaac) Perec et Cyrla (Cécile) Schulevitz.

De 2015 à 2021 (voir la postface et la « Liste des points à reprendre dans le manuscrit », goût très perecquien pour les inventaires, les classements, les listes). La « déconcertante proposition » de Yann Potin et de Patrick Boucheron (p. 227). Les points à reprendre… qui ne sont pas toujours repris. Lecture 1, p. 224-225. Quel accueil en 2015 ? Quel public pour quelle réception en 2021 ? « Publier en 2021 un texte rédigé comme un jeu en 2015 n’expose-t-il pas au risque de le ramener à des signes dérisoires, futiles, décalés, surannés, aux artifices de la patine et du skaï, à la grossièreté des faux-semblants ? », d’autant que les six années qui nous séparent de 2015 sont « celles où la peur d’aller prendre son café en terrasse a cédé la place à la crainte de ne plus jamais retrouver de terrasse pour prendre son café » (p. 221).

Virgule

Les terrains de Claire Zalc, quel récit ? L’excellence académique (ENS, 1991, etc.) évoquée de manière plutôt discrète, par exemple à travers ces bureaux « retrouvés », à Anthony, la ville de l’enfance, à NYC, au 326 rue des Pyrénées, dans le 20e). Premiers terrains : l’histoire de l’immigration et l’histoire de l’entreprise. Une première série de recherches sur les petits entrepreneurs étrangers (thèse, 2002, Michel Lescure, « Immigrants et indépendants. Parcours et contraintes. Les petits entrepreneurs étrangers du département de la Seine (1919-1939) »), avec un matériau qui structure la thèse : les registres d’immatriculations du Tribunal de commerce de Paris (matériau découvert en cherchant des traces archivistiques du passage de Norbert Elias à Paris, commerçant de jouets dans le 15e). Travaux élargis, enrichis par la suite (Melting Shops. Une histoire des commerçants étrangers en France, Perrin, 2010).

Autre terrain : l’histoire des juifs. Voir Dénaturalisés. Les retraits de nationalité sous Vichy, Seuil, 2016 Travail minutieux de reconstitution des trajectoires d’environ un millier de juifs lensois, des années 20 aux années 50, travail mené avec Nicolas Mariot. Ce travail fait l’objet d’un livre intitulé Face à la persécution. 991 juifs dans la guerre, Odile Jacob, 2010). Cette enquête fait l’objet d’un double chapitre dans le livre, « Tentatives d’épuisement d’un lieu lensois » et « Microhistoire des persécutions », où sont présentés à la fois les grands enjeux de l’enquête et ses arcanes, sa fabrique depuis 2002 et jusqu’à aujourd’hui. 2002, le point de départ : lecture 2, p. 61-62. Le travail et ses suites, ses principales conclusions. Un travail prosopographique sur des victimes de persécutions, possible mais qui soulève de très nombreuses questions, pratiques, épistémologiques, familiales et personnelles aussi. Le grand-père Abraham, itinéraire rappelé p. 50 entre parenthèses et p. 73, de Kalisz en Pologne à Roanne, rejointe en 1946, après un passage par l’URSS et la Sibérie), les grandes tantes Hella et Sapka, immigrées en Argentine et rencontrées à Buenos Aires en 1997), Fanny D., l’une des 991 de Lens, dont Claire Zalc apprend en 2010 qu’elle est la cousine germaine de son grand-père. Passage très important : lecture 3, p. 73-74. La narration familiale, en filigrane dans le livre, jamais vraiment racontée. L’historienne face aux sources. Le goût pour les archives (dès la maîtrise, avec Michelle Perrot, p. 17). Au cœur de la tension du métier d’historien/ historienne. Identifier et compter (voir le manuel Méthodes quantitatives pour l’historien, avec Claire Lemercier, La Découverte, 2007). Autour de la notion de trajectoires. Un terrain mouvant (p. 166 et 183). Les chemins d’histoire de Claire Zalc (les projets devenus réalité, le projet Lubartów / Lubartworld).

Georges Perec
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