Emission 70 : Les écoles et la politique scolaire dans les colonies françaises, entre XIXe et XXe siècles

Soixante-dixième numéro de Chemins d’histoire, vingt-huitième numéro de la deuxième saison

Émission diffusée le dimanche 11 avril 2021

Le thème : Les écoles et la politique scolaire dans les colonies françaises, entre XIXe et XXe siècles

L’invitée : Carole Reynaud-Paligot, enseignante à l’université de Bourgogne et chercheure associée au Centre d’histoire du XIXe siècle à l’université Paris I-Panthéon-Sorbonne, autrice de L’Ecole aux colonies. Entre mission civilisatrice et racialisation, 1816-1940, Champ Vallon, 2020.

Le canevas de l’émission

Axe problématique : interroger les politiques éducatives dans les colonies. Revenir sur la mission civilisatrice des puissances coloniales. On se souvient des propos de Jules Ferry devant la chambre des députés, le 28 juillet 1885 : « les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures […] parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures ». Revenir, à travers la question des écoles, sur les paradoxes de la « mission civilisatrice ». Le livre interroge l’écart entre des valeurs affichées par les pouvoirs politiques (de la philanthropie chrétienne à la fraternité républicaine) et la vaste entreprise de racialisation des identités collectives que l’Europe a connue au XIXe et au XXe siècle. Le sens d’un concept, les travaux de Carole Reynaud-Paligot à ce sujet depuis quinze ans (La République raciale : paradigme racial et idéologie républicaine, 1860-1930, PUF, 2006). Quelle histoire et quelle méthodologie pratiquée ? Une histoire attentive au rôle des acteurs, une histoire sociale. Quel espace d’étude ? Quelle surface chronologique ? Quelles sources et quelle historiographie ? Au cœur de la politique scolaire dans les colonies.

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Quelques aspects du livre (1). Les premiers pas de la politique scolaire coloniale, au Sénégal (reprise de possession du Sénégal par la France, en 1816) et en Algérie, sous la Restauration et la Monarchie de Juillet. Une école à Saint-Louis, avec l’arrivée de l’instituteur Jean Dard (1789-1833), une figure paradoxale à l’aune de la politique scolaire de l’époque. La religion ou la couleur de la peau des populations locales n’était pas encore un critère d’exclusion. Un objectif plus politique : « la fusion des races ». Explications. Volonté de faciliter l’accès des écoles aux musulmans est réelle (Sénégal, Algérie). Mais la politique scolaire concerne les fils de chefs ou les enfants d’une petite élite citadine (voir par exemple le collège d’Alger). Il faut se garder cependant de trop instruire les populations locales… La situation en Algérie. La situation des jeunes filles. Ailleurs en Afrique ou en Indochine.

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Quelques aspects du livre (2). Sous la IIIe République et au-delà. Ruptures et continuités. Tensions entre la nécessité de former un personnel qualifié pour répondre aux besoins du développement économique de la colonie et la peur de trop instruire sont de plus en plus sensibles. Une conception de l’école globalement utilitariste, très peu porteuse d’une mission émancipatrice. Un enseignement pratique et professionnel. Et pourtant ! Des ambitions différentes : voir les débats à la chambre des députés, 1893 et années suivantes. Une vision différentialiste qui s’impose. Voir la pensée et l’action de Georges Hardy (1884-1972), inspecteur de l’enseignement en AOF (en 1912), dont le rôle est de premier plan dans la politique scolaire en Afrique coloniale (Maroc, Algérie) pendant l’Entre-deux-guerres; Georges Hardy et Vichy. Les attentes de la part des populations coloniales ; les réponses, les partisans de projets éducatifs plus ambitieux (Albin Rozet, 1852-1915, député de la Haute-Marne) ; au Sénégal et en Indochine.

Les chemins d’histoire de Carole Reynaud-Paligot.

Portraits de Georges Hardy (en habit de recteur) et d’Albin Rozet

Quelques liens utiles

Un entretien avec Carole Reynaud-Paligot pour le compte de retronews.fr (avec la référence à quelques documents, février 2021) ;

Une mise au point historiographique, signée Pascale Barthélemy et portant sur l’enseignement dans l’Empire colonial français (2010) ;

La page du Musée national de l’éducation consacrée à l’exposition « L’école en Algérie, l’Algérie à l’école » (2017-2018), avec les documents afférents ;

Un article de Stéphane Lembré consacré à l’enseignement technique et professionnel dans l’Algérie coloniale (2017) ;

Une notice consacrée à Georges Hardy (1884-1972), par Jean-Francois Condette ;

Parmi les publications de Georges Hardy, voir notamment « L’enfant marocain : essai d’ethnographie scolaire », coécrit avec Louis Brunot et publié dans le Bulletin de l’enseignement public du Maroc, numéro 63, janvier 1925.

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