Emission 61 : Les vies de sainte Geneviève, avec Marie-Céline Isaïa

Soixante-et-unième numéro de Chemins d’histoire, dix-neuvième numéro de la deuxième saison

Émission diffusée le dimanche 7 février 2021

Le thème : Les vies de sainte Geneviève, du IVe au Xe siècle

L’invitée : Marie-Céline Isaïa, maîtresse de conférences à l’université Jean-Moulin-Lyon-III, habilitée à diriger des recherches, membre de l’Institut universitaire de France, éditrice, avec Florence Bret, de la Vie de sainte Geneviève. Texte, introduction, traduction et notes, éditions du Cerf, « Sources chrétiennes, 610 », 2020.

Le canevas de l’émission

Qui est sainte Geneviève en quelques mots ? « Une femme nommée Geneviève a impressionné ceux qui l’ont croisée au cours du Ve siècle à Paris, à Orléans, à Tours ou à Bourges, par l’efficacité de sa prière, la radicalité de son ascèse, l’autorité exercée sur les démons, et surtout la cohérence d’une existence tout entière vouée à Dieu depuis l’enfance ». Un travail autour d’un dossier hagiographique. Cinq Vies différentes qui s’échelonnent entre les années 520 et l’an mil. Réflexion générale sur l’hagiographie et la source que cela représente pour les historiens. L’hagiographie n’est pas le lieu de l’imagination médiévale ! Remarques de nature historiographique (le renouveau récent dans la / les recherches hagiographiques (la série publiée chez Brepols, Hagiographies : histoire internationale de la littérature hagiographique latine et vernaculaire en Occident des origines à 1550 ; jeunes auteurs et autrices, tel Fernand Peloux). Le livre donne in extenso en latin et en traduction française la première Vie de sainte Geneviève puis deux de ses réécritures. Un dossier hagiographique labouré par la recherche ? Quelques noms d’historiens qui ont travaillé ce dossier. Comment travailler sur ce dossier ? Quelle méthodologie ?

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Présentation de la première Vita, dite VGA (édition de référence de 1896), biographie de la sainte rédigée par un hagiographe contemporain de Geneviève. Comment cette Vita est-elle construite ? Un plan annoncé ! « J’ai préféré faire d’abord connaître aux fidèles le vœu qu’elle fit au début de sa vie, ensuite seulement la grâce que Dieu lui conféra ». Première partie : Geneviève, née à Nanterre, élue par Dieu. Une dévotion ou vocation radicale et mystérieuse authentifiée à deux reprises par l’évêque Germain ; Geneviève confiée à l’évêque Vilicus, avant de partir pour Paris. Geneviève apparaît, à la fin de cette première partie, comme vivant dès à présent dans la Jérusalem céleste. Deuxième partie où on voit Geneviève faire bénéficier ceux qui l’entourent de cette grâce qui l’habite [Lecture, p. 197, voir ci-dessous]. La problématique de la grâce, le pélagianisme et la polémique post-pélagienne dans la VGA. Reconnue par les siens à l’occasion des raids hunniques, Geneviève mobilise les Parisiens pour la construction de la basilique Saint-Denis. Une vie d’ascèse. Geneviève réconforte, nourrit, protège, guérit, opère des miracles (y compris post-mortem). Le pouvoir sur les démons, plusieurs scènes d’exorcismes sur des personnes et des objets. Exemple du flacon d’huile bénie avec lequel Geneviève voulait frictionné un possédé, flacon qui se trouva vide avant d’être miraculeusement rempli, et l’auteur d’ajouter : « Dix-huit ans après son décès, au moment où ‘je me mis en tête d’ écrire’ sa Vie, j’ ai vu l’huile, et ce flacon que sa prière avait comblé ».

Réflexions autour de la VGA. Datation et contexte de la Vita, un processus lent. Rendre VGA aux années 520-540 pour une vie de Geneviève entre les années 420 et le début du Ve siècle. La Gaule franque au miroir de la Vita. Geneviève, Childéric, Clovis, Paris et les raids hunniques.

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Réécritures et mémoires de Geneviève. Présentation rapide des VGC et VGE. Datation et intérêt de ces Vitae. Quelle réécriture et pour quel public ? Comment se fait la construction mémorielle de Geneviève. Quelle figure ?

Couverture d’un ouvrage paru en 1951, poèmes de Charles Péguy, illustrations de Nathalie Parain

Un extrait de la Vie de sainte Geneviève (VGA)

« Quand elle comprit quelle grâce abondante le Christ avait conférée à Geneviève, une certaine Céline, déjà nubile et fiancée déjà, lui demanda de changer son voile. Le jeune homme auquel elle avait été promise l’apprit ; sous le coup de l’indignation, il vint aussitôt à Meaux où Céline demeurait avec Geneviève. Quand Geneviève comprit que le jeune homme venait, elle gagna aussitôt l’église en toute hâte avec Céline. Ce fut l’occasion d’un grand miracle : l’église s’ouvrit au moment même où elles y cherchaient refuge, de même que son baptistère intérieur. Et c’est ainsi que la jeune fille, délivrée du naufrage et de la corruption d’ici-bas, persévéra jusqu’ à la fin dans l’abstinence et la chasteté. »

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