Emission 52 : Les guerres de Religion en bande dessinée, avec Pochep et Jérémie Foa

Cinquante-deuxième numéro de Chemins d’histoire, dixième numéro de la deuxième saison

Émission diffusée le dimanche 22 novembre 2020

Le thème : Les guerres de Religion en bande dessinée

Les invités : Jérémie Foa, maître de conférences en histoire moderne à Aix-Marseille Université, et Pochep, auteur de bande dessinée, coauteurs de Sacrées guerres. De Catherine de Médicis à Henri IV, La Découverte / La Revue Dessinée, 2020.

Le canevas de l’émission

La collection (« Histoire dessinée de la France », La Découverte). Raconter autrement l’histoire de France, nous dit l’éditeur. Série qui paraît depuis 2017, le 9e et le 10e paraissent à la fin de novembre 2020 (autour de la Renaissance, avec Pascal Brioist et Anne Simon, et autour des guerres de Religion). La rencontre entre Pochep et Jérémie Foa.

Le projet. Un scénario complexe. Un voyage dans l’espace, de Bordeaux à Paris, et dans le temps, qui part de 1993 pour remonter dans le temps, entre les règnes de François Ier et d’Henri IV. La scène inaugurale : le tournage du film de Patrice Chéreau (La Reine Margot, un film sorti en 1994), à Bordeaux, en 1993. Miracle de la p. 10 : l’un des figurants de la Saint-Barthélemy (le héros sans nom de cette BD finalement, un apprenti historien, la doublure de Jérémie Foa ?) sollicite des comparses… qui sont en fait des revenants, ayant « vécu pour de vrai » les événements. Le pari fondateur du travail : celui des spectres, des fantômes, des revenants. Voir la citation de Jacques Derrida, en ouverture du livre : « Le disparu de l’archive, le fantôme, le revenant, c’est l’avenir ». Le rêve de l’historien. Dessiner les revenants, le choix des couleurs. Sur la trace des revenants qui racontent beaucoup de choses. Deuxième mécanisme qui permet à l’histoire de fonctionner, p. 39 : la remontée dans le temps grâce à un breuvage particulier fourni par le fantôme de Côme Ruggieri, conseiller de Catherine de Médicis, médecin, astrologue. Grâce à ce breuvage, l’apprenti-historien, accompagné de l’un des revenants, Jacques Nompar Caumont de La Force, peut se promener à Lyon, en 1563-1564, suivre une partie du tour de France par le jeune Charles IX (roi depuis 1560) et sa mère (Catherine de Médicis) en 1564-1565, de Lyon à Bordeaux, en passant par Nîmes, par Aix-en-Provence ou par Bayonne. Troisième mécanisme : la découverte du journal intime de l’auteur des Essais, Montaigne (« vérité alternative », p. 67), dans le château de ce dernier, non loin de Bordeaux. Quatrième mécanisme : le songe aux Archives nationales, à la lecture de l’inventaire après-décès de l’un des mignons d’Henri III (roi entre 1574 et 1589, frère de Charles IX), François d’O (mort en 1594, p. 79 et s.).

Quelle restitution graphique de l’intrigue et des moments de récit (moments de pédagogie aussi) ? Phylactères, appendices, cartouches. De multiples sources d’inspiration, explicitement mentionnées à la fin de l’ouvrage, exemples (le ms. 156 de la bibliothèque municipale de Lyon représentant la destruction par les protestants du portail de la cathédrale Saint-Jean de Lyon, p. 37 ; Le Colloque de Poissy en 1561, tel qu’il est représenté par Joseph Nicolas Robert-Fleury, en 1840, tableau conservé à la BPF ; un portrait d’Henri IV en Hercule, tableau de 1600 conservé au Louvre).

Virgule

Une promenade dans le second XVIe siècle qui fait du massacre de la Saint-Barthélemy (1572) un moment fondateur et une espèce de fil rouge dans l’album. La SB est évoquée au début, revient aussi bien plus loin dans l’album autour des récits de deux revenants qui accompagnent notre figurant-historien, Jacques Nompar de Caumont de La Force et Charlotte Arbaleste, épouse de Philippe Duplessis-Mornay, qui ont vécu la SB à moins de 14 ans pour le premier, à 24 ans pour la seconde (p. 61 et 101). Sinon, le récit suit la chronologie, depuis l’histoire de Catherine de Médicis (mariée au futur Henri II en 1533, reine de France entre 1547 et 1559, régente en 1560-1563) et le passage par Lyon, en 1563, et par le sud du royaume en 1564-1565. Poursuite du récit autour des règnes d’Henri III et d’Henri IV.

Sacrées Guerres, une façon de retrouver les grandes problématiques brassées par les historiens et les historiennes des guerres de Religion ces dernières années. À la fin de l’album, une cinquantaine de pages constituant des mises au point, des éclairages historiographiques et bibliographiques.

Quelques points d’historiographie soulevés par l’ouvrage, points qui se retrouvent dans l’œuvre historienne de Jérémie Foa (avec une référence aux commissaires d’application des édits de pacification, objet de la thèse de Jérémie Foa et de l’ouvrage qui en est tiré Le Tombeau de la paix, PULIM, 2015, voir p. 56, commissaires de l’édit d’Amboise, 1563). Autour de la Saint-Barthélemy et des violences religieuses. Un crime entre voisins (voir p. 13). De l’importance des récits des acteurs de la persécution et de ceux et celles qui en sont victimes. Autres figures : Nicolas Dalencourt, orfèvre, Antoine Le Saulnier, plumassier, Pierre de La Ramée, philosophe. En face, on peut citer notamment Thomas Croizier, tireur d’or, enseigne dans la milice (p. 13, 16 et s.). Une réflexion sur la violence. Violences catholiques et violences huguenotes. La Michelade de 1567 « n’a rien de compatible avec le 24 août [1572] » (p. 19). Un album coloré par la réflexion, puissante et dense, de Denis Crouzet et d’Olivier Christin (cités p. 18 et 43).

Une réflexion sur la notion de protagonistes. Le terme est prononcé par l’un des spectres catholiques qui s’expriment, ce spectre raconte le siège de Paris, en 1590. Dans le Paris ligueur et enfiévré de 1590 plane « le sentiment d’être enfin des protagonistes de l’histoire » (p. 97). La notion de protagonistes empruntée à Haïm Burstin. Les acteurs des guerres de Religion furent-ils des protagonistes ? Non, ou pas complètement… (voir un article de Jérémie Foa paru dans Politix, 2015).

Une réflexion sur « l’homme qui naît des guerres de Religion » (3). « Un homme dissocié, libre dans sa tête, muet sur la place publique ». Réflexion et discussions autour des conclusions formulées p. 103-104.

Épilogue. Penser l’expérience des guerres civiles. Ce que fait aux personnes l’état d’insécurité permanent, l’incertitude du quotidien, la crainte de voir l’ami devenir l’ennemi, etc. Lire Montaigne (voir p. 63 et au-delà) pour comprendre le second XVIe siècle : voir les Essais, « Les guerres civiles ont cela de pire que les autres guerres, de nous mettre chacun en eschauguette [en sentinelle] en sa propre maison ».

Cheminements et perspectives.

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