Emission 47 : Le Proche-Orient antique, avec Catherine Saliou

Quarante-septième numéro de Chemins d’histoire, cinquième numéro de la deuxième saison

Émission diffusée le dimanche 11 octobre 2020

Le thème : Le Proche-Orient antique, entre le Ier siècle avant Jésus-Christ et le VIIe siècle après Jésus-Christ

L’invitée : Catherine Saliou, professeure à l’université Paris 8-Vincennes-Saint-Denis, directrice d’études à l’Ecole pratique des hautes études, auteure de Le Proche-Orient. De Pompée à Muhammad, Ier s. av. J.-C.-VIIe s. apr. J.-C., Belin, 2020.

Le canevas de l’émission

Le projet du livre. La collection « Mondes anciens » proposée par les éditions Belin (collection dirigée par Joël Cornette). Une histoire du Proche-Orient romain, entre Ier s. av. J.-C. et VIIe s. ap. J.-C. Un ensemble aux contours flous et variables qui s’étend entre la chaine du Taurus et la mer Rouge, un ensemble qui regroupe des régions qui ont en commun d’avoir été entièrement et durablement intégrées à l’Empire romain (en voie de transformation en Empire byzantin à partir du IVe siècle ap. JC) et d’avoir été durablement séparées de cet empire lors de la conquête arabe. Une périodisation qui s’impose : de la création de la province romaine de Syrie par Pompée en 64 av. JC à la fin de la conquête de la région par la nouvelle puissance islamique (641, chute de Césarée de Palestine). De Pompée à Muhammad ou plutôt à Omar. Un ouvrage qui est scandé par des textes et des images commentés (les photographies des monuments ou des sites syriens ont été prises avant 2011). Il faut saluer, une fois de plus, le travail éditorial (Judith Simony, l’iconographe Marie-France Naslednikov). Un atelier de l’historien consacré à l’historiographie du Proche-Orient romain depuis le XVIIe siècle.

La trame politique. Quelle histoire politique ? La création de la province romaine de Syrie, sur les décombres de l’Empire séleucide, marque l’aboutissement d’un long processus. Pourquoi ? Une province romaine au territoire réduit et discontinu. Présence d’États alliés ou clients au cœur même de la province (carte, p. 36) : la situation politique au début du Ier s. ap. J.-C. (la province romaine, les États alliés, dont le royaume d’Hérode, royaume partagé entre les fils d’Hérode, la Commagène, le royaume nabatéen). Au Ier s. ap. J.-C., poursuite du mouvement de provincialisation (Grande révolte juive, destruction de Jérusalem, en 70, Vespasien fait de la Judée une province impériale proprétorienne ; la Commagène est définitivement annexée et rattachée à la province de Syrie, en 72 ; en 106, la Nabatène est annexée et devient la province romaine d’Arabie). Face aux Parthes (cf. la défaite de Crassus, en 53 av. JC, un affront lavé en 20 av. JC, sous Auguste). Quelle limite entre les deux Empires ? Un Empire sans frontières ? L’Euphrate, comme frontière ? Cf. les territoires conquis par Trajan, dans les années 110, puis abandonnés. Mais on note une extension vers l’Est, au-delà de l’Euphrate, sous Septime Sévère. Création des provinces d’Osrhoène et de Mésopotamie (carte, p. 48). Des Parthes aux Perses (la dynastie sassanide remplace la dynastie arsacide, en 224). Les campagnes de Shapour (240-272, voir p. 51, relief rupestre, conservé en Iran, à Naqsh-e-Rostam, Shapour monté sur un cheval, l’empereur Philippe l’Arabe agenouillé, contraint de signer la paix en 244, et, au second plan, Valérien, défait et capturé en 259). Palmyre et l’aventure Zénobie à laquelle met fin Aurélien (272 puis 273). Tensions, conflits avec les Perses et réorganisation territoriale au IIIe et au IVe s. (Dioclétien, Constantin et les autres ; la division Occident / Orient) ; l’émergence et l’essor des Saracènes (l’histoire de la reine Mavia dans la seconde moitié du IVe siècle). Pourquoi parler d’un nouvel équilibre entre 363 et 491, soit de la mort de Jovien à la mort de Zénon ? Le siècle de Justinien au Proche-Orient (491-610, règne de Justinien de 527 à 565). Le royaume jafnide, de l’émergence à la fin. La fin d’un monde au VIIe siècle ? Premier choc entre l’Islam et Byzance en 629, bataille de Muta, à l’est de la mer Morte. Après la mort de Muhammad (632), s’engage réellement la conquête du Levant, sous la conduite d’Omar. L’entrée d’Omar à Jérusalem (en 638, d’après la tradition), vue par la Chronique universelle de Théophane, lequel a vécu au tournant des VIIIe et IXe s.

Virgule

Le Proche-Orient, carrefour, circulations et métissages (1). Point sur les échanges internationaux. La soie et le « pays des Sères ». Le poivre et les épices, venus d’Inde. L’encens (utilisé dans les rituels religieux), la myrrhe et l’Arabie heureuse (soit prospère… du fait de l’essor des exportations d’encens). Voir, p. 125, le brûle-encens de Shabwa, au Yémen, Shabwa, point de départ des caravanes transportant l’encens vers le Proche-Orient, relief montrant un personnage monté sur le dos d’un dromadaire, avec un objet circulaire sur la patte arrière du chameau, un bouclier ou une gourde, la partie supérieure de l’objet est évidée pour former un réceptacle de 30 mm destiné à recueillir l’encens, le tout avec une inscription sabéenne, IIIe s. ap. JC ?, Londres, British Museum). Trois grands types de routes : nabatéennes, palmyréniennes et septentrionales.

Brule-encens , Yemen (Shabwa), IIIe siècle ap. J.-C. ?

Le Proche-Orient, carrefour, circulations et métissages (2). Cultes et innovations religieuses. Cultes polythéistes, lesquels manifestent à la fois une forme de fidélité à des traditions religieuses héritées (remontent à l’âge de Bronze) et une capacité incessante d’adaptation. Le concept de « religions orientales » (Franz Cumont), concept occidental, n’est pas pertinent. Que se passe-t-il à l’époque romaine ? Certains cultes sont directement liés à la présence romaine. Exemple de ce qui se passe à Beyrouth (colonie romaine fondée à l’époque augustéenne). Sanctuaire colonial où l’on honore Jupiter Héliopolitain, Vénus et Mercure. Traditions religieuses locales réinterprétées. L’efflorescence monothéiste. Le terme de « juifs » est-il pertinent ? Faut-il lui substituer celui de Ioudaioi, Judéens (voir les travaux de Simon Mimouni) ? Entité collective désignée en tant qu’ethnos dont la caractéristique principale est bien le culte monothéiste. Une territorialité complexe (territoire désigné comme Judée puis comme Palestine, à partir du règne d’Hadrien… même si la majorité des Judéens vivent en communautés dispersées). Le christianisme se développe au sein du judaïsme. La séparation des « chemins » commence à s’opérer après 70. La synagogue (fresques réalisées entre 254 et 256, p. 172-173) et la maison de Doura-Europos (p. 176). Juifs et chrétiens ne sont pas les seuls fidèles à adorer un Dieu unique (voir les Samaritains, les manichéens). La christianisation du Proche-Orient aux IVe-Ve s. Un paganisme résiduel vers 430. Les divisions du christianisme à la fin de l’Antiquité. Le VIIe siècle : les conquêtes (perse puis islamique).

Le Proche-Orient, carrefour, circulations et métissages (3). La pluralité linguistique. Voir la carte p. 212-213. Plusieurs langues coexistent au Levant : le latin, le grec et des langues sémitiques. Le latin, langue d’expression du pouvoir impérial romain, la langue d’usage dans l’armée, une langue employée dans les colonies romaines. À l’époque romaine, le grec reste la langue de la vie civique au Proche-Orient. L’usage épigraphique se diffuse dans les campagnes (étude d’Annie Sartre-Fauriat pour le Hauran). Le grec est aussi une langue internationale (les rois d’Aksoum, en Éthiopie, l’utilisent pour leurs inscriptions et leurs monnaies). À l’époque qui nous intéresse, l’araméen reste parlé au Levant sous différentes formes dialectales. Certaines formes de l’araméen ont accédé au statut de langue écrite (l’araméen comme langue d’affichage et d’expression publique, dans le royaume nabatéen, la communauté des Palmyréniens, le royaume d’Édesse (le syriaque, qui se diffuse, voir une stèle trouvée non loin de Raqqa, VIe siècle ?, qui témoigne d’un bel exemple d’usage épigraphique de l’écriture syriaque dans l’Antiquité tardive) ; l’écriture de l’araméen en Judée-Palestine, laquelle s’inscrit dans une tradition ancienne et dans une tension par rapport à l’usage de l’hébreu (langue sémitique non araméenne mais cananéenne) puis du syriaque pour les chrétiens, p. 230). Les langues arabes.

La vie au Proche-Orient à l’époque romaine à travers quelques figures. Un petit garçon palmyrénien, Nurbel, fils de Barnebô, dont on possède le portrait funéraire, avec une inscription, stèle qui provient de l’hypogée familiale, avec un faucon et une grappe de dattes (p. 455). Babatha et les palmiers de la mer Morte, Babatha, une femme juive vivant probablement entre 100 et 132 à Maoza (non loin de Zoara ou Tsoar, près de la mer Morte), qui cache dans une grotte ses documents les plus précieux, archives découvertes en 1960 (notamment 35 documents écrits, 6 rédigés en nabatéen, 3 en araméen, 26 en grec). Babatha cultivait des palmiers-dattiers. Produisait diverses variétés de dattes (p. 356 et s.). Siméon le Stylite, qui vit, à partir de 429 sur une petite plateforme installée au sommet d’une colonne, à Télanissos, en Antiochène, et qui meurt en 459.

Épilogue. De multiples chemins de recherche

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