Emission 264 : L’histoire d’Ahmad Khan, voyageur indien à l’âge des révolutions

Deux-cent-soixante-quatrième numéro de Chemins d’histoire, quatrième de la huitième saison

Émission diffusée le samedi 7 novembre 2026

L’invité : Rahul Markovits, maître de conférences à l’Ecole normale supérieure, auteur de L’Histoire d’Ahmad Khan. Sur les traces d’un voyageur indien à l’âge des révolutions, PUF, 2026.

Le thème : L’histoire d’Ahmad Khan, voyageur indien à l’âge des révolutions

Lecture initiale (un cortège à Constantinople, le 26 avril 1796) : p. 15. Au milieu , un certain « Achmet Khan, fils d’un nabab [nawab] des Indes ». Scène inaugurale saisissante. Une présence qui suscite l’étonnement du grand vizir et du sultan lui-même. L’histoire d’Ahmad Khan lui est contée. On connaît ce récit grâce à un brouillon d’une supplique adressée au grand chancelier et ministre des affaires étrangères de l’Empire ottoman. Texte rédigé en persan et conservé au Centre des archives diplomatiques de Nantes (papiers Pierre Marie Ruffin). Que dit ce texte (transcrit et traduit par Jean Arzoumanov) ? Restitue un parcours, un itinéraire, une chronologie (1772 : la British East India Company, EIC, s’empare brutalement du port et de la ville de Baroche, mettant fin au règne du nabab, Mu’azzaz Khan, défait et qui meurt « de fureur » ; les fils du nabab souhaitent demander la restitution des terres au gouvernement anglais, le voyage des « quatre frères », le passage par Constantinople, le voyage de deux des frères jusqu’en France – Marseille, Lyon, où décède Navazish Khan, Paris et Versailles, et le séjour chez le drogman Pierre Marin Ruffin, la Suisse et Londres, retour en France et jusqu’à Constantinople, toujours avec la dépouille du frère).

Une figure qui n’est pas inconnue (deux historiens indiens s’en sont saisis dans les années 1970, plus récemment, Ian Coller, lequel a souligné dans un ouvrage publié en 2020 une forme d’alignement d’Ahmad Khan avec la Révolution française, « politiquement et émotionnellement », interprétation « problématique voire naïve »), reprise à nouveaux frais. Un ouvrage qui « habite une zone grise linguistique et historiographique ». Explications, une « micro-histoire globale ». « Dans le paradigme de l’âge des révolutions », cadre global d’interprétation.

Archives et identité. Le puzzle Ahmad Khan. Quelles archives ? Quels dossiers documentaires ? Lecture, p. 48. Les débuts de la recherche, en 2015, à La Courneuve (Centre des archives diplomatiques, supplique au Comité du salut public, 24 avril 1794). La galaxie documentaire (entre France, Angleterre et Inde). Mais qui est donc Ahmad Khan ? Quelque chose qui « cloche » (p. 58). Confirmation par les archives (p. 62). Ahmad Khan s’est fait passer pour un fils du nabab de Baroche. Qui est-il donc ? Un munshī (scribe de second niveau) ou plutôt un cipaye (un soldat) ? Un cas d’imposture, de self-fashioning (catégorie inventée par Stephen Greenblatt) ? Plutôt de « recadrage » (Erving Goffmann), qui pratique le passing.

Virgule

Reprendre le périple d’Ahmed Khan. Un périple différé depuis la « tragédie » de Baroche (1772). La décision de partir pour Londres et ses origines. Départ de Bombay vers mai 1791. Mascate, Bassora, Bagdad, Constantinople. Séjour à Constantinople, la séparation d’avec les frères Anvar‘ Ali (s’installe dans l’Empire ottoman) et Ahid ud-din (dont le récit est également conservé, qui rejoindra Londres, en passant par Toulon).

Marseille (au début de l’année 1793), Lyon (étape décisive avec la mort de l’un des frères, Navazish), dans les soubresauts révolutionnaires (siège de Lyon, entre août et octobre 1793, et la répression qui s’ensuit). La mort de Navazish, le 31 mars 1794. Paris et la rencontre avec Pierre-Marin Ruffin, qui donne chair à l’histoire d’Ahmad Khan. Qui est Ruffin ? Le séjour à Versailles, butte Montbauron (hospitalité publique et à titre privé) entre mai et novembre 1794. Ahmad Khan étudie le français (grammaire française latinisée que Ruffin traduit en persan pour Ahmad Khan). Ruffin et Ahmad Khan s’attellent à des textes politiques. Version bilingue de la déclaration des droits de l’homme (texte envoyé le 13 août 1794 à Philibert Buchot, à la tête de la Commission des relations extérieures, un exemplaire est encore conservé aux Archives départementales des Yvelines). Que dit cet effort de traduction ? Londres (début 1795), dans le contexte de « guerre mondiale » qui oppose France et Angleterre depuis 1793. Obtient une pension. Le retour. Constantinople. Un « pion sur le grand échiquier diplomatique du Moyen-Orient ». La question du cercueil et de la dépouille du « frère ». L’arrestation à Bombay. Subit deux interrogatoires, ultime version de son récit. En prison jusqu’en 1799, date à laquelle il disparaît (ou presque) de la documentation.

Épilogue.

Les éditions en anglais du livre de Rahul Markovits (2023 et 2026)