Emission 260 : L’Océanie ancienne, avec Dominique Barbe

Deux-cent-soixantième numéro de Chemins d’histoire, trente-troisième de la septième saison

Émission diffusée le jeudi 30 juillet 2026

L’invité : Dominique Barbe, maître de conférences honoraire à l’université de la Nouvelle-Calédonie, à Nouméa, auteur d’un ouvrage intitulé L’Océanie ancienne. De Maui à Kamehameha Ier. Dernière glaciation-début du XIXe siècle, Belin, « Mondes anciens », 2026.

Le thème : L’Océanie ancienne

Le parcours de Dominique Barbe. Un parcours d’historien atypique, de l’histoire de l’Antiquité tardive (thèse soutenue, sous la direction de Jean-Pierre Martin, en 2005, sur l’idée de communion des saints dans l’Occident chrétien de Tertullien à Grégoire le Grand) au Pacifique (nommé au lycée Lapérouse puis à l’université de la Nouvelle-Calédonie, à Nouméa).

Un projet d’ampleur pour le compte de la collection « Mondes anciens » (saluons en particulier l’éditrice Charlotte Balluais et la cartographe Aurélie Boissière). L’iconographie (première de couverture, choix d’évidence, les Moaï de l’île de Pâques, par exemple, mais aussi tant d’autres…). Un projet nourri par des expériences d’enseignement (voir la question des adaptations de programme dans le secondaire, évoquée à 3’02 de l’émission).

Quel espace océanien ? Définition actuelle limitée aux îles du Pacifique, y compris celles de Nouvelle-Zélande, et à l’Australie. Genèse du terme d’Océanie. Dans l’histoire des découpages géographiques, les analyses de Jules Dumont d’Urville (1740-1792) comptent beaucoup (à 5’25 de l’épisode). L’Océanie divisée en quatre parties (Malaisie, actuelle Insulinde, Mélanésie, Micronésie, Polynésie), division appuyée en partie sur une théorie racialiste. Un découpage qui s’impose avant d’être rejeté au XXe siècle. Place particulière de l’Australie. Voir la carte p. 18, à comparer à celle de la p. 12. Quoi qu’il en soit, un espace qui couvre environ le tiers de la surface mondiale, divisée en zones multiple, aussi complexe que mouvant, allant des cités portuaires du détroit de Malacca et des Philippines aux rivages pascuans et hawaïens.

La chronologie. L’éruption du Toba (île de Sumatra) il y a 74 000 ans (voir à 9’01 de l’épisode). De la difficulté d’écrire une histoire de l’Océanie ancienne. « Un monde à l’envers, où tout est différent, y compris le sens du mot ‘histoire’ ». L’épaisseur historique et sa structuration ne peuvent être appréhendées de manière similaire en Océanie et dans l’Occident européen. Une conception du temps différente. La place des mythes. Lecture p. 160 (le mythe du « pêcheur d’îles » et la place de la mer et de l’océan, de la navigation, Tangaloa, divinité polynésienne citée à 11’19, l’oiseau Tuli, à 11’26, Maui, considéré comme un demi-dieu, prononcez plutôt Ma-ou-i, à 11’57). La mobilisation de l’histoire mais aussi d’autres sciences sociales. La question de l’écriture et l’idée, encore très forte en Occident, selon laquelle l’histoire ne débute qu’avec l’apparition de l’écriture. Le temps préhistorique s’étend jusqu’aux expéditions de James Cook pour certaines territoires. Les sources existent pourtant. De l’importance de l’archéologie (la technique du LiDAR pour Light Detection and Ranging est mentionnée à 16’07). Une historiographie d’abord anglophone, une érudition française discrète. Le sous-titre de l’ouvrage et la mention de Kamehameha Ier (18’31), né vers 1736 et mort en 1819, premier roi d’Hawaï à partir de 1810. Sont mentionnés en particulier les travaux de Patrick Nunn, climatologue britannique (8’42), ou de Patrick Vinton Kirch, archéologue étatsunien (17’26).

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Une histoire de deux millénaires d’installations et de mouvements. Océanie peuplée d’hommes venus d’Asie par vagues successives. 2 continents : Sunda (Insulinde occidentale et péninsule indochinoise) et Sahul (Australie, Tasmanie et Nouvelle-Guinée réunies), les îles du centre de l’actuelle Insulinde constituant un réseau plus ou moins dense (Wallacea, d’Alfred Wallace, naturaliste britannique du XIXe siècle). Voir à partir de 20’13 ainsi que la carte de l’ouvrage p. 27. Peuplement du continent sahulien débute entre 65 000 et 50 000 avant notre ère. Dominique Barbe mentionne (à 20’54) l’illustration qui ouvre le premier chapitre (p. 24 et 39), le  « sanglier des Célèbes ou babiroussa avec deux mains négatives », peinture rupestre datant d’environ 45 500 ans découverte dans la grotte de Leang Tedongnge (Maros, au nord de Makassar, île de Sulawesi, Indonésie). Quelles modalités de déplacement ? Quels modes de vie ?

La seconde phase de l’aventure humaine en Océanie émerge de l’oubli grâce au Lapita (à 23’09), un style de poterie aux formes complexes, aux décors organisés et caractéristiques et à l’engobe rouge. On parle ici des Austronésiens (à 23’17, venus de Taiwan puis des Philippines, une histoire du peuplement qui remonte à 6 000 avant notre ère), qui mettent au point sans doute dans les îles Bismarck (archipel appartenant à la Nouvelle-Guinée) un nouveau type de poterie, la poterie Lapita, qui donne son nom au complexe culturel Lapita, qui se forme entre 3500 et 3300 avant notre ère. Quelles caractéristiques ? Un mode de vie néolithique ? Les poteries Lapita, pour les plus belles ornées de motifs géométriques réalisés au peigne. À partir de 1350 avant notre ère, les hommes qui partagent cette culture ont traversé la distance qui séparait les îles Bismarck et les Salomon. Extension vers l’est, voir la carte de p. 108-109 (voir à 26’34, le monde du complexe culturel Lapita, où on retrouve l’origine calédonienne du nom). Dominique Barbe évoque la technique du balancier, flotteur latéral solidaire de la pirogue (à 25’32) ainsi que le site archéologique de Téouma, au Vanuatu (à 28’30). Il mentionne aussi l’exposition (2010-2011) du Musée du Quai-Branly, « Lapita, ancêtres océaniens » (à 27’53).

Quand le mouvement d’expansion s’arrête-t-il et pendant combien de temps ? Les « âges (ou la période) sombre(s) ». L’auteur fait allusion au proto-polynésien (à 28’41). Chaque archipel évolue isolément. Longue séquence qui va jusqu’à la fin du premier millénaire.

Temps de l’expansion ensuite (à partir du IXe siècle et dans la première moitié du deuxième millénaire). Les Polynésiens atteignent l’Amérique à plusieurs reprises et en plusieurs sites bien avant les voyages de Colomb. La patate douce et la calebasse proviennent de la région Équateur-Pérou, elles ont circulé vers la Polynésie sans doute vers 1100 (carte p. 272-273, voir à 29’36). Contacts entre Polynésiens et Mapuches (carte p. 314). Liens avec l’Amérique du Nord et transferts de technologie.

Face au petit âge glaciaire, en Polynésie et ailleurs. Les adaptations. Les évolutions du bassin du Sepik, fleuve en Nouvelle-Guinée (voir à 31’08).

Face au cyclone, l’arrivée des Européens dans une Océanie affaiblie. « Les îles entrent alors au son des trompettes de la mort dans les temps modernes selon des chronologies très différentes » (p. 20). Exemples très variés, l’Insulinde, le monde des Papous ou celui des Aborigènes.

Les choix iconographiques de l’auteur. Le linteau de Kaitaia (île du Nord, Nouvelle-Zélande), vers 1300-1500, et les débuts de l’art maori (voir, dans l’ouvrage, les p. 284-285, et à 34’12 de l’épisode). Les trois photographies de la couverture du livre : un lonka lonka, coquille d’huître gravée de lignes brisées (collection personnelle, sans date, voir aussi p. 79, et à 35’59 de l’émission) ; une statue d’ancêtre (National Gallery of Australia, Canberra, atoll de Takuu, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, exclave polynésienne, p. 437 et couverture pour la tête, voir à 36’34 du podcast) ; une peinture sur écorce (Art Gallery of South Australia, Adélaïde, présentée en 1948 en Terre d’Arnhem, représentation d’un prao ou voilier indonésien amphidrome et à deux gouvernails, témoignant du souvenir vif laissé par les Macasan (Makassar) dans le nord de l’Australie, voir la p. 583 du livre et à 36’45 de l’épisode).

Les quatre images commentées en fin d’émission par Dominique Barbe (voir ci-dessus)

Les chemins de l’auteur.