Deux-cent-cinquante-septième numéro de Chemins d’histoire, trentième de la septième saison
Émission diffusée le mercredi 15 juillet 2026 (montage avec la collaboration de Théo Decharrois, étudiant en audiovisuel au campus de l’INA)
L’invité : Vincent Azoulay, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, auteur du livre Ostracisme ! Du bon usage de l’arbitraire en démocratie, éditions de l’Ecole des hautes études en sciences sociales, 2026.
Le thème : L’ostracisme dans l’Athènes du Ve siècle avant notre ère
Partons du tableau qui figure sur la première de la couverture, un tableau d’Angelica Kauffmann, Aristide, tableau daté de 1774 et conservé à Bratislava. Voir p. 206-207 : on y voit deux hommes vêtus à l’antique en grande discussion. Le premier, à gauche, a un style en main, tandis que le second, à droite, tient un morceau d’argile sur lequel est gravée une inscription. Placées au centre géométrique du tableau, les lettres grecques signent la scène : Aristide. Aristide vient de rendre à son interlocuteur le tesson d’ostracisme sur lequel il a inscrit son propre nom. Référence à un épisode qui ouvre peu ou prou l’ouvrage, une scène fameuse racontée par Plutarque. Triple contexte à analyser (le XVIIIe siècle, siècle de rejeux pour la question de l’ostracisme, le temps de Plutarque, le Ve siècle). Ces temps disent les ambitions de l’ouvrage. Ambitions chronologiques, historiographiques, didactiques, etc., dont les remerciements (pas seulement pour Paulin Ismard, « jumeau bénéfique », mais aussi pour beaucoup d’autres, qui ne partagent pas forcément les vues de l’auteur, Marek Wecowski, auteur d’une synthèse importante en 2022 sur la question de l’ostracisme, Oxford University Press, Stefan Brenne « qui a mis à disposition de la communauté scientifique les milliers d’ostraka découverts au Céramique », volumes parus en 2018). On dispose aujourd’hui de données fiables sur quelque11 000 ostraka (9376 du Céramique et 1500 de l’Agora). Grand effort archéologique depuis le XIXe siècle, découverte retentissante des années 1966-1969. Place des textes aussi.
Présentation de la procédure et de son objet. Un bannissement de 10 ans, un exil atypique. On ne perd pas sa citoyenneté. On ne recense que 176 victimes potentielles dont 30 apparaissent sur plus de 10 ostraka. Et quand on confronte données archéologiques et textes, on arrive à 14 ostracismes probables, soit 1 ostracisme tous les 6-7 ans entre 507 et 416, avec un fonctionnement par vague (après la première guerre médique, la fin des années 470, la fin des années 460, la fin des années 440 et 416). La procédure est connue mais avec quelques incertitudes. Un premier vote en janvier pour voir s’il y a lieu de procéder à l’ostracisme. Un deuxième vote pour désigner le banni. Une procédure placée sous le signe du silence, dit Maria Daraki. Vincent Azoulay ne la comprend pas ainsi. Question du premier vote et de ses modalités. Question du deuxième vote (ostrakophorie, avec vote sur tesson d’ostracisme) et de ses modalités. Le quorum. Dispose-t-on d’une image pour rendre compte de ce deuxième vote ? Voir la représentation qui figure sur le vase du Peintre de Pan (Ashmolean Museum, Oxford), un véritable « champ de bataille herméneutique » (chapitre 5, p. 147, « régime d’incertitude herméneutique », expression reprise à François Lissarague, p. 145). Description de la scène (voir p. 146) et interprétations, sacrifice ou ostracisme ? Une énigme « irrésolue » (p. 167), un débat passionné pour quelles conclusions ?
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Quel sens profond de l’ostracisme ? Deux interprétations fortes. L’ostracisme comme grand rituel d’union civique. De Jean-Pierre Vernant à Paul Kosmin (article de 2015). Conjurer le spectre de la guerre civile. Autre interprétation, de nature politique. L’ostracisme comme instrument pour réguler les rivalités internes et les conflits des éiltes. De Nietzsche à Marek Wecowski (apaiser la conflictualité intraélitaire). Les réserves (voir l’analyse qui porte sur Périclès) et l’analyse de Vincent Azoulay. Jouer sur le lien entre honneur et infamie, entre gloire et outrage. Les ostracisés recherchent la distinction à tout prix, la communauté entend les outrager en réaction à ce qu’elle perçoit comme forme d’hybris. Voir notamment l’ostrakon reproduit p. 99 avec la mention « A cause de l’honneur » (Thémistocle). Travailler l’hypothèse de Matteo Barbato. L’ostracisme cible les individus qui dérogent aux standards honorifiques vers le haut et vers le bas. Matteo Barbato convoque, dans son analyse, un spectaculaire ostrakon qui s’en prend au comportement sexuel indigne de Thémistocle, « l’enculé ». Les interprétations de Vincent Azoulay et de Matteo Barbato divergent. Au total, l’ostracisme apparaît comme la cible transgressive de normes s’appliquant spécifiquement aux élites socio-politiques et à leur quête effrénée de distinction. L’auteur, pour bien le comprendre, fait un détour par une procédure plus tardive, la dokimasie. Explications. La fin de l’ostracisme.
Les rejeux. La Renaissance, au XVIIIe siècle et sous la Révolution (le retour en grâce de 1791). Les refroidissements du XIXe siècle, l’enterrement spectaculaire de Benjamin Constant. D’hier à aujourd’hui. Démocratie et abus de pouvoir. L’ostracisme athénien, un modèle pour aujourd’hui ?
