Emission 250 : Métapeintures de l’Italie médiévale, avec Giulia Puma

Deux-cent-quarante-neuvième numéro de Chemins d’histoire, vingt-troisième de la septième saison

Émission diffusée le mercredi 29 avril 2026

L’invitée : Giulia Puma, maîtresse de conférences, habilitée à diriger des recherches à l’université Côte-d’Azur, à Nice, directrice de l’enseignement supérieur auprès du Collège Sévigné, à Paris, autrice de Le Retable en abyme (Italie, XIIIe-XVe siècle). Pour une histoire visuelle, Peeters [éditeur de Louvain, en Belgique], 2025.

Le thème : Métapeintures de l’Italie médiévale

Comprendre le projet. Partir d’un exemple précis. Une détrempe de 1423, dont l’auteur est le peintre toscan, figure de l’école siennoise, Sassetta. Il s’agit d’une Scène d’exorcisme au moment de l’eucharistie, conservée au Bowes Museum situé à Barnard Castle, dans le nord-est de l’Angleterre (p. 2). L’image-cadre, panneau de prédelle (explication et définition des termes, prédelle, retable, polyptyque). Les images dans l’image. Une mise en abyme dans l’image.

Les cheminements vers la métapeinture. Cheminements historiographiques et cheminements personnels. L’essor des études sur les méta-images depuis une soixantaine d’années. Les travaux d’André Castel, de Victor Stoichita (l’époque moderne comme un apogée de la métapeinture, voir notre émission 233 avec Jérémie Koering sur Les Ménines de Velázquez), de Peter Bokody. Plus largement, les études sur les liens enre image et dévotion. Les métapeintures comprises comme images hybrides, compositions à la nature double, dévotionnelle et narrative, imago et historia dans la même scène. Les métapeintures comme un terrain d’enquête idéal, celle de l’interaction entre l’image peinte et le dévot. Les métapeintures comme donnant à voir en une seule image et au moyen d’une seule technique l’invisible et le visible, l’ineffable et le concret. Les cheminements personnels de Giulia Puma, depuis la thèse (soutenue en 2012 à Paris 3, parue en 2019, aux éditions de l’EFR, Les Nativités italiennes (1250-1450). Une histoire d’adoration). La genèse intellectuelle expliquée dans le chapitre 6 (p. 214-215).

La méthodologie. D’abord, les mots pour le dire. Image-cadre, images enchâssées (motifs). Le lexique de l’enchâssement et de la mise en abyme. Métapeinture et image dans l’image. Ensuite, l’analyse en série. Le corpus (voir la liste donnée en annexe, p. 265 et s.). 40 % des panneaux enchâssés ont pour sujet, unique ou principal, la Vierge à l’Enfant (p. 53). Le choix des œuvres et une pratique assez inductive de l’écriture historienne (partir d’exemples, chapitres 4, 5, 6). Une inscription dans l’histoire et ses contextes, du temps de la réalisation jusqu’à nos jours. Voir, par exemple, le chapitre 3, l’analyse des représentations de sainte Catherine d’Alexandrie en interaction avec l’icône de la Vierge à l’Enfant… le tout en lien avec les « priorités » du Trecento et du Quattrocento.

« Une histoire visuelle », qu’est-ce à dire ?

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Deux exemples qui disent la richesse de l’ouvrage. D’abord, l’analyse du polyptyque de la corporation des lainiers, réalisé par Sassetta vers 1423-1424, polyptyque aujourd’hui démembré et lacunaire, centré sur le dogme de la Transsubstantiation et qui présente un nombre élevé de métapeintures. Un polyptyque qui répond à la commande de la corporation des artisans lainiers de Sienne. Un retable qui défend le dogme de la Transsubstantiation, alors que ce dogme est réaffirmé par le concile de Pavie et de Sienne contre les « hérésies » de John Wyclif et de Jan Hus. L’image centrale (perdue) est un grand Triomphe de l’Eucharistie. Les scènes de la prédelle (avec des miracles eucharistiques et des scènes de prière de saint Thomas d’Aquin incluant d’importants polyptyques enchâssés, voir l’image présentée au début de l’émission) couvrent une multiplicité de temps, du Ier siècle au XIIIe, du Christ à saint Thomas d’Aquin. Cohérence des scènes qui célèbrent le Corpus Domini. Dans les polyptyques enchâssés, dit l’autrice, « convergent les possibilités matérielles et esthétiques de formuler un dogme – la Transsubstantiation – et une fête -celle du Corpus Domini – plaçant dans le domaine du physique et du corporel la manifestation du divin » (p. 175-176). Une peinture « militante », selon les mots de l’historienne de l’art Machtelt Israëls (p. 178). Citation de la Somme théologique de Thomas d’Aquin (citation à propos de la Transsubstantiation).

Hypothèse de reconstitution du polyptyque des lainiers de Sassetta, d’après l’historienne Machtelt Israëls

Deuxième exemple. Les métapeintures dans la collection du Musée du Petit-Palais d’Avignon, notamment un panneau exceptionnel de Carlo Braccesco. Autour de La Manne du tombeau de saint André (1495, voir p. 99), scène de la prédelle d’un polyptyque consacré à saint André (p. 204), scène reconstituée à taille humaine (photographie p. 213) dans le cadre d’une exposition au musée du Petit-Palais, à Avignon, en 2020-2021. De La Manne… et de ce qu’elle dit des orientations de recherche de Giulia Puma (p. 215 et suivantes). De l’histoire visuelle à l’histoire longue de la conservation des retables (p. 215).

La Manne du tombeau de saint André, par Carlo Braccesco