Deux-cent-quarante-neuvième numéro de Chemins d’histoire, vingt-deuxième de la septième saison
Émission diffusée le mercredi 22 avril 2026
L’invitée : Bénédicte Savoye, professeure d’histoire de l’art à l’université technique Berlin, autrice de 1815, le temps du retour. Restituer l’art en Europe après l’Empire napoléonien, La Découverte, 2026.
Le thème : Les restitutions patrimoniales de 1815
Genèse du projet. Une série de conférences prononcées en novembre 2024 au musée du Prado, dans le cadre d’une chaire dédiée. Un livre qui intervient quelque 25 ans après la soutenance de la thèse (Paris 8, littérature et civilisation germaniques, 2000, travail publié en 2003), Les spoliations de biens culturels opérées par la France en Allemagne autour de 1800, et après le travail sur la restitution du patrimoine africain (rapport remis au président de la République et publié en 2018, avec Felwine Sarr, rapport intitulé Restituer le patrimoine africain) et sur la question du patrimoine et de son appropriation (A qui appartient la beauté ?, La Découverte, 2024, réédition en format poche en 2026). Un dialogue serré et voulu entre XIXe et XXIe siècle. Le livre fonctionne ainsi. Il ne s’agit pas d’entreprendre une comparaison entre plusieurs fins d’empire mais d’éclairer « ce qu’on peut considérer comme la matrice même de tous les épisodes ultérieurs de rétrocessions patrimoniales : les restitutions de l’année 1815, en espérant que l’enquête pourra servir de base à des analyses comparées ultérieures » (p. 7-8).
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Les spoliations et autres captations patrimoniales. Tableaux saisis dans les Flandres, en Hollande (1794-1795), pendant la campagne (1796-1797) de Bonaparte en Italie. Sous l’Empire, spoliations davantage documentées. Lombardie, Vénétie particulièrement touchées par la politique d’appropriation française. La question des archives.
Comprendre la politique patrimoniale française à partir des années 1790 (voir le chapitre 3 du livre). On peut la comprendre par exemple en lisant le Rapport sur la bibliographie de l’abbé Grégoire (rapport soumis à la Convention nationale en avril 1794). Citation à la p. 122. « Révolutionner les arts ». Explications. Paris comme dépositaire universel de l’intelligence humaine (voir ce que dit Boissy d’Anglas dans ses Idées sur les arts, en 1794 encore, citation p. 127). Dynamique de centralisation autour du Musée central des arts (le nom du Louvre entre 1793 et 1803, Musée Napoléon jusqu’en 1814, Musée royal à la chute de l’Empire) dans les locaux du Louvre. Des voyageurs et artistes affluent de toute l’Europe pour visiter le Louvre, « le plus beau musée de l’univers ». En 1814 et en 1815, forme de fascination mais aussi un malaise. Face à l’universalisme et à la centralisation, le constellationnisme (voir ce qu’en dit Goethe, chargé par le gouvernement prussien d’un rapport sur les questions d’art, rapport remis en 1816, citation p. 140). Place des situistes, les défenseurs d’un retour des œuvres in situ. Les situistes face aux muséalistes. La pensée d’Antoine-Chrysostome Quatremère de Quincy (1755-1849), auteur de Considérations morales sur la destination des ouvrages de l’art, texte paru en 1815, qui voit dans les musées des machines à convertir des œuvres en « prétendus objets ». Il y oppose la « sorte de vie » des ouvrages de l’art, lesquels « peuvent se considérer comme des êtres doués d’une espèce d’existence active » (citation, p. 159). Deux approches relationnelles.
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Les demandes de restitution commencent dès les années 1790. Par exemple, à partir de 1796, la ville de Cologne multiplie les efforts pour obtenir le retour d’un grand tableau d’autel confisqué par la France en 1794, Le Martyre de saint Pierre de Rubens. La question des restitutions en 1814. Surprenant silence diplomatique (le traité de Paris, signé le 30 mai 1814, ne prévoit de restitutions que pour les archives confisquées dans les capitales européennes, il ne mentionne ni les livres, ni les manuscrits ou les œuvres d’art). En réalité, discret ballet de récupérations artistiques s’organise à Paris entre juin et l’automne 1814. Rôle de Dominique Vivant Denon, qui « cherche à stabiliser la situation du Louvre et à légitimer la rétention des œuvres » (p. 50). La question des restitutions patrimoniales refait surface après Waterloo. Restitutions à partir de l’été et pendant l’automne 1815, sous la contrainte.
Conclusion. Lecture (sur le générique de fin d’émission) d’un extrait des Considérations morales sur la destination des ouvrages de l’art , ou de l’influence de leur emploi sur le génie et le goût de ceux qui les produisent ou qui les jugent, et sur le sentiment de ceux qui en jouissent et en reçoivent les impressions (1815, ici p. 70-72), par Antoine Chrysostome Quatremère de Quincy (1755-1849)
