Emission 242 : La fin de la République de Weimar, Hitler et les « irresponsables », avec Johann Chapoutot

Deux-cent-quarante-deuxième numéro de Chemins d’histoire, quinzième de la septième saison

Émission diffusée le dimanche 11 janvier 2026

L’invité : Johann Chapoutot, professeur à la Sorbonne, auteur de Les Irresponsables. Qui a porté Hitler au pouvoir ?, Gallimard, « NRF Essais », 2025.

Le thème : La fin de la République de Weimar, Hitler et les « irresponsables »

La conversation a été enregistrée le dimanche 12 octobre 2025 dans le cadre des Rendez-vous de l’histoire de Blois. Elle s’appuyait sur un diaporama disponible ici (et dont on peut voir quelques vignettes ci-dessous).

Le canevas de l’émission

Partir de quelques données pour bien comprendre les enjeux et la portée du livre. Les résultats des élections allemandes. Le recul du SPD, le poids croissant du KPD. Le Zentrum. A droite de l’échiquier politique : en particulier, le DNVP et le NSDAP. Augmentation spectaculaire en nombre de sièges et en nombre de voix. Explosion aux élections de septembre 1930, apogée à celles de juillet 1932, recul ensuite (de 37 à 33 % des voix). Une ascension résistible (voir Der aufhaltsame Aufstieg des Arturo Ui, pièce écrite en 1941 en Finlande par Bertolt Brecht).

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Le cabinet Hermann Müller et la rupture de la fin mars 1930, après la démission dudit ministère. La nomination d’Heinrich Brüning. Celui-ci dit dans ses Mémoires : « Je demandais la permission de former un cabinet indépendant des partis politiques et que me soient conférés les pouvoirs de l’article 48 [de la Constitution de la République de Weimar] ». Ce dernier permet (al. 2) « lorsque la sûreté et l’ordre sont gravement troublés ou compromis », de « prendre les mesures nécessaires à leur rétablissement ». Une ordonnance sur les finances et l’économie est finalement annulée par le parlement (sur la base du même article, al. 3) en juillet 1930. Le Reichstag est dissous et l’ordonnance annulée par ce dernier est rétablie. Une « forfaiture » (p. 44). Un régime présidentiel. Les élections de septembre 1930 sont un échec pour Brüning. Le NSDAP est le grand vainqueur du scrutin. Le gouvernement Brüning reste au pouvoir et est minoritaire. Le SPD tolère la politique du chancelier (un programme de purge budgétaire et sociale) et soutient Hindenburg dès le premier tour de l’élection présidentielle de 1932. La politique du « moindre mal » (das kleinere Übel). Quelle politique (austérité) ? En échec, mais toujours au pouvoir jusqu’en 1932.

En juin 1932, la démission du cabinet Brüning et la nomination de Franz von Papen. Le triomphe du présidentialisme. Un gouvernement présenté comme « un musée des horreurs », « un assemblage, inédit depuis 1918, de tout ce que les élites patrimoniales du capital industriel, bancaire, agrarien, aristocratique et militaire offrent de plus caricatural ». Et l’auteur d’ajouter : « Dans la France actuelle, on parlerait de gouvernement hors-sol, de gouvernement de millionnaires, de ministres déconnectés et dépourvus de toute légitimité » (p. 122). Dissolution du Reichstag en 1932 (élections du 31 juillet), élément majeur de l’accord discret passé avec les nazis. Dans un contexte qui leur est très favorable. Que se passe-t-il après les élections ? L’analyse nazie, l’analyse du ministre de l’intérieur Wilhelm von Gayl, les « trois blocs » (nazis, la gauche, SPD et KPD, le « centre », p. 171). Le maintien du gouvernement von Papen (conversation éclairante, en août 1932, entre Hitler, von Papen et Frick, citation p. 179). Un gouvernement renversé par le nouveau Reichstag (512 voix contre 42) le 12 septembre 1932 mais qui prétend se maintenir (le chancelier n’ayant pas eu la parole pendant la séance), le Reichstag de nouveau renvoyé aux urnes (ordonnance de dissolution publiée le jour même).

Les élections du 6 novembre 1932 et la nomination (en décembre) de Kurt von Schleicher, le « redoutable tacticien » qui « évince sa créature », Franz von Papen (p. 235). Le plan Schleicher (le Querfront dans un contexte de tensions internes au parti nazi, autour de Gregor Strasser), les tractations entre von Papen et Hitler.

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Parmi les « irresponsables  », outre les libéraux autoritaires au pouvoir, les industriels et les banquiers. Moment révélateur : le discours d’Hitler au Club de l’industrie de Düsseldorf, le 26 janvier 1932 (p. 212 et s.). La requête au président Paul von Hindenburg du 19 novembre 1932, demandant la nomination d’Hitler à la chancellerie. Alfred Hugenberg (1865-1951), magnat des médias, figure du DNVP, ministre en 1933. D’autres figures, comme celle du juriste Carl Schmitt.

Réflexions générales sur le comparatisme en histoire. Les années 1930 et notre époque.

Précision

Le dialogue initial avec Johann Chapoutot a été filmé et est disponible sur la chaîne YouTube des Rendez-vous de l’histoire de Blois.