Emission 235 : Mémoires et transmission de la guerre d’Algérie, avec Anne Schneider

Deux-cent-trente-cinquième numéro de Chemins d’histoire, huitième de la septième saison

Émission diffusée le mardi 18 novembre 2025

L’invitée : Anne Schneider, maîtresse de conférences, habilitée à diriger des recherches, en langue et littérature françaises auprès de l’université de Caen, directrice de l’Institut national supérieur du professorat et de l’éducation Normandie-Caen, directrice d’un volume intitulé La Guerre d’Algérie et sa transmission. Enjeux mémoriels et médiation, Presses universitaires de Caen, 2025, un volume intégralement disponible en ligne sur books.openedition.org.

Le thème : Mémoires et transmission de la guerre d’Algérie

Le canevas de l’émission

Les circonstances qui ont présidé à ce projet. Le rapport à la guerre d’Algérie et à ses mémoires de la part d’Anne Schneider. Un projet qui intervient dans le cadre d’une actualité historiographique, mémorielle, politique toujours très importante, en France, en Normandie. Du colloque d’octobre 2020 à la publication de 2025, les linéaments d’un projet. Les partenaires (Mémorial de Caen, entre autres, avec les laboratoires HISTEME et LASLAR, la MRSH, l’université, l’INSPE, sans oublier l’ONaCVG, office national des combattants et des victimes de guerre). Des institutions mobilisées (Archives départementales de Seine-Maritime, le lycée Alain-Chartier, représenté par l’un des participants au colloque). Des projets qui ont prolongé le colloque (Réseau d’intérêt Normandie En-Quête d’elles, 2022-2024, une En-Quête de Soi et une En-Quête d’Elles, partant de la trajectoire franco-algérienne de la grande écrivaine Leïla Sebbar et allant jusqu’à l’aventure collective des femmes, 1970-2020). Entre histoire, mémoires et modalités d’enseignement et de médiation.

Les mémoires de la guerre d’Algérie. L’histoire en est plutôt bien connue. Partir de ce qu’en dit Sébastien Ledoux. 1-Mémoires : réminiscences – volontaires ou non – liées à une expérience individuelle singulière de l’événement vécue directement, réminiscences qui peuvent être médiées au sein de la famille ou au sein d’une association, réminiscences qui peuvent être sollicités dans le cadre de dispositifs spécifiques qu’on nomme témoignages. 2-Mémoires : désigne aussi les usages publics du passé de la guerre d’Algérie par des acteurs et des institutions, dans le cadre de commémorations nationales ou locales, de mémoriels, de sites mémoriels d’association, de noms de rues, etc., et en incluant les mobilisations sociales qui ont saisi le vocabulaire de la mémoire. 3-Mémoires : le terme renvoie également à une dimension culturelle et artistique. 4-Mémoires : enfin, le terme recouvre l’ensemble des représentations portées sur ce passé, et on comprend l’usage du pluriel. Les mémoires dans la chronologie.

Quel point de départ ? 1962, et avant ? L’ouvrage revient sur la guerre d’Algérie elle-même. Voir par exemple la communication de François Dosse sur le rôle de Pierre Vidal-Naquet, assistant à l’université de Caen de l’antiquisant Henri Van Effenterre et qui se mobilise pour que la vérité éclate sur la disparition du mathématicien Maurice Audin à Alger après son arrestation par l’armée française. Longue arche chronologique qui va jusqu’à la reconnaissance d’un crime d’Etat par le président Macron en 2018. Voir aussi les papiers d’Anna Trespeuch-Berthelot (la cause algérienne des situationnistes) ou de Marjorie Jung sur l’œuvre de Frantz Fanon « à l’aune du chronotope de la guerre d’Algérie »). Voir aussi le papier d’Anne Schneider qui s’appuie sur une série de trois articles de Leïla Sebbar, publiés en 1979 pour le compte du journal féministe Histoires d’elles, articles qui recueille la parole de Madame T., une femme juive qui s’est focalisée dans son récit sur l’année 1962 et qui lui a livré ses expériences, ses émotions, son ressenti face aux derniers soubresauts de la guerre qu’elle a subie de plein fouet, avant de devenir une rapatriée.

Le triptyque « oubli, conflit, résolution » n’est pas forcément pertinent pour séquencer la période qui court de 1962 à nos jours. La question de la guerre de / des mémoires et de leur apaisement. Guerre des mémoires et dramatisation (voir ce que disent, de manière critique, Abderahmen Moumen, Raphaëlle Branche et Benoît Falaize, en commentant le rapport de Benjamin Stora remis au président Macron le 20 janvier 2021, Les Questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie, rapport qui fait l’objet d’un article de Thomas Hippler dans le volume).

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Les modalités d’enseignement et de médiation de la guerre d’Algérie. Le concept de questions socialement vives.

La place de la littérature jeunesse. Bandes dessinées, albums fictionnels et documentaires, romans pour enfants et adolescents, livres-CD ou DVD, pièces de théâtre, ici examinées dans un arc chronologique qui court de 1978 à 2018, par Anne Schneider. D’abord portée par la voix des pieds-noirs, la guerre d’Algérie est ensuite prise en charge par d’autres communautés qui vont hybrider le texte, tant du point de vue des voix des protagonistes (appelés, combattants du FLN) que par les sources graphiques utilisées (photographies, dessins, cartes), mettant en avant parfois jusqu’à leur aspect muséographique. 1980-2000 pour les romans de « la nostalgéria » émanant essentiellement des pieds-noirs, puis 2000-2014 pour les albums aux innovations graphiques originales et pour les romans de la mémoire. La littérature de jeunesse comme chambre d’écho des prises de parole des communautés de mémoires, suivant les diverses commémorations et avancées des politiques mémorielles. Quelques exemples, parmi lesquels J’ai vécu la guerre d’Algérie, un album de Bayard Jeunesse signé Antoine d’Abbundo (1985, réédition en 2004).

En classe. Quels programmes ? L’expérience conduite par Frédéric Harymbat et Valentin Quiédeville. Le premier est professeur au lycée Alain-Chartier de Bayeux et fait le récit d’une expérience pédagogique (séance organisée en 2019 avec une classe, en collaboration avec Valentin Quiédeville, alors étudiant en master à l’université de Caen). Enseigner l’histoire et les mémoires de la guerre d’Algérie par le cinéma, avec Dominique Briand.

En dehors de la classe. Une expérience de création d’une exposition de documents d’archives autour de la thématique de la guerre d’Algérie, avec Agathe Lerouge, aux Archives départementales de la Seine-Maritime. Contexte, public.

Les chemins d’Anne Schneider.

Photographie présentée sur l’une des pages de bondyblog.fr