Emission 226 : Retrouver l’œuvre d’al-Hajj Musa ibn Hissein, un savant du Borno du tournant des XIXe et XXe siècles, avec Camille Lefebvre

Deux-cent-vingt-sixième numéro de Chemins d’histoire, trente-et-unième de la sixième saison

Émission diffusée le mercredi 23 juillet 2025

L’invitée : Camille Lefebvre, directrice de recherche au CNRS, directrice d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, éditrice, avec Ari Awagana, d’un recueil intitulé L’œuvre en kanouri d’al-Hajj Musa ibn Hissein, un savant du Borno (Niger-Nigéria), Brill, 2025, un ouvrage entièrement et gratuitement accessible sur le site de l’éditeur.

Le thème : Retrouver l’œuvre d’al-Hajj Musa ibn Hissein, un savant du Borno du tournant des XIXe et XXe siècles

Le canevas de l’émission

De quoi ce livre est-il le nom ? Livre publié par Camille Lefebvre et Ari Awagana est issu de trois articles publiés par le linguiste Rudolf Prietze (1854-1933) dans les Mitteilungen des Seminars für Orientalische Sprachen en 1914, 1915 et 1930. Trois articles composés de textes en kanouri transmis oralement par al-Hajj Musa et transcrits par Rudolf Prietze, d’une version en ajami kanouri de tous ces textes écrits par al-Hajj Musa, d’une traduction en allemand réalisée par Prietze, de très nombreuses notes de bas de page, majoritairement consacrées à des enjeux linguistiques et, pour le dernier article, d’une version transcrite des mêmes textes en haoussa. Sont traités ici les documents en kanouri, ont été ajoutées une transcription en kanouri moderne et une traduction des textes en français depuis le kanouri. Le tout précédé d’introductions par chapitres et d’une introduction générale.

La rencontre au Caire entre Prietze et al-Hajj Musa ibn Hissein. Voir ce qui est dit p. 28 de l’ouvrage : « Le corpus objet de cet ouvrage est le résultat d’une rencontre s’expliquant par deux contextes savants parallèles et non convergents, qui pour différentes raisons ont amené nos deux protagonistes à se rendre au Caire. » Analyse et explications. Les profils et parcours de Rudolf Prietze et d’al-Hajj Musa. Présentation des deux personnages. Le parcours d’al-Hajj Musa. Un lettré du Borno, quelle famille, quelle formation ? A Zinder. Vers 1900, départ pour La Mecque, puis à Médine, à Jérusalem (étudie à la mosquée al-Aqsa, entre 1902 et 1904 sans doute), enfin au Caire (mosquée al-Azhar). Prietze (1854-1933), fils de pasteur, neveu d’un célèbre explorateur (Gustav Nachtigal), linguiste, étudie différents corpus linguistiques à distance avant de chercher à rencontrer des locuteurs sur place. Plusieurs savants pensent que les langues du Sahel central sont une des clés de compréhension des liens entre les différentes langues africaines et entre celles-ci et les langues indo-européennes. Dans cette perspective, le haoussa est vu, ainsi que le dit Prietze dans l’introduction de l’un de ses articles, comme « un rameau chamitosémitique ayant émergé à partir d’une origine authentiquement africaine. » Prietze considère indispensable d’avoir une expérience empirique de ces langues en les entendant, selon son expression, avec ses propres oreilles afin de combler les lacunes syntaxiques liées aux difficultés de collecte qu’ont connues ses prédécesseurs (p. 34). Séjourne à Tunis en 1897-1898. Il choisit Le Caire comme lieu privilégié de ses enquêtes, et se lie, à partir du début de l’année 1904 (?), avec al-Hajj Musa ibn Hissein. Qui est ce dernier ?

Virgule

Rencontre avec Prietze. Dans quelles circonstances ? Hypothèses (p. 47 et s.). À partir de mai 1904, Prietze et al-Hajj Musa travaillent régulièrement ensemble et leur activité commune est largement documentée. Quelle documentation ? Quel type de coopération ? Pas de subordination ? De la cour de la mosquée al-Azhar à la chambre d’al-Hajj Musa, une certaine intimité s’est nouée entre les deux hommes. Quel type de travail ? Un travail entre les langues (connaissance livresque et bases d’arabe du côté de Prietze, circulation entre arabe coranique et langues vernaculaires chez al-Hajj Musa). Un double recueil, à la fois une notation à l’oreille d’une oralisation réalisée pour Prietze et la sollicitation de documents rédigés à sa demande en ajami haoussa ou kanouri (p. 58). Examen de la photographie, p. 59 (page de notes de Prietze comparant l’orthographe ajami de ses deux informateurs, al-Hajj Ahmadu, documents recueillis à Tunis, et al-Hajj Musa). Quels types de matériaux ? Les matériaux collectés par Prietze : proverbes, chansons, contes et récits historiques. Même lorsque Prietze les a obtenus sous forme écrite, ces matériaux appartiennent tous à des pratiques d’oralité ordinaire dans cette région au XIXe siècle et correspondent à différents genres littéraires oraux. A la fois des éléments mémorisés appartenant à la culture populaire et des textes composés par des auteurs et des autrices identifiées ou des textes historiques produits par al-Hajj Musa. Une collaboration sur quelle durée ? Le travail publié de Prietze. Quelle invisibilisation du travail d’al-Hajj Musa ?

120 ans plus tard, le travail de Camille Lefebvre et d’Ari Awagana (né dans la même région qu’al-Hajj Musa et qui travaille dans une des universités qui a formé Rudolf Prietze).

Parcours dans l’œuvre. Les chansons du Borno collectées et expliquées par al-Hajj Musa et Rudolf Prietze. Présentation du corpus. Travail avec trois « informatrices ». Lecture p. 169 : « Complainte d’une esclave pour son ami, le beau Mamadu, qui a été vendu loin à l’étranger (chantée pendant le travail) ». La chanson satirique sur Kaltuma, une fille séduite, p. 205 (la question de l’avortement). Les proverbes du Borno. Autres textes, textes historiques, dont il est plus difficile de déterminer la nature, ou le genre littéraire, au sein de la culture kanouri.

Epilogue.

Carte extraite du livre édité par Ari Awagana et Camille Lefebvre, Brill, 2025, p. XIX