Emission 221 : Auguste, l’homme du Soft Power, avec Gilles Sauron

Deux-cent-vingt-et-unième numéro de Chemins d’histoire, vingt-sixième de la sixième saison

Émission diffusée le samedi 24 mai 2025

L’invité : Gilles Sauron, professeur honoraire d’archéologie ancienne à Sorbonne-Université, auteur d’un ouvrage intitulé Auguste. L’emprise des signes, Les Belles Lettres, 2025.

Le thème : Auguste et le Soft Power

Le canevas de l’émission

Un livre qui est le fruit d’années et de décennies de recherche(s). Aux premières lignes du livre surgit le nom de Joseph Nye, le grand géopolitologue étatsunien, né en 1937 et qui vient de s’éteindre il y a quelques jours, théoricien du Soft Power, compris comme l’ensemble des moyens non violents dont dispose un Etat pour exercer une domination sur les esprits. « C’est peut-être la première fois dans l’histoire des hommes que surgit [au temps d’Auguste] cette idée que l’on pouvait asseoir une domination par d’autres moyens que la contrainte physique ».

Petit rappel historique. Auguste, « un des plus grands personnages de l’histoire mondiale ». Propulsé à l’avant-scène de l’histoire au lendemain de la mort de César, son grand-oncle devenu par testament son père adoptif en 44 av. JC. Octovius devient Octavianus (utilise le patronyme Caesar, prend Imperator comme prénom). La formation d’un triumvirat. Marc Antoine, Lépide et Octavien. Elimination des assassins de César (42), du plus jeune fils de Pompée (36), de Lépide et de Marc Antoine (défaite d’Actium, en 31, suicide de Marc Antoine avec sa nouvelle compagne, Cléopâtre, en 30). Devient le seul maître de Rome, pouvoir consacré par le Sénat, qui confère à Auguste un surnom de nature religieuse, Augustus. Sur les actes officiels : Imperator Caesar Divi filius Augustus. Règne 41 ans. Quel type de régime ? Le principat. L’armée sous l’autorité du princeps (gouverne les provinces qui disposent de légions). La dimension dynastique du pouvoir. L’épouse Livie, qui finit par imposer son propre fils, Tibère, issu d’une première union. L’Auguste de Prima Porta. Evocation d’une œuvre capitale, la célèbre Gemma Augustea du musée de Vienne, un camée taillé dans une sardonyx à deux couches, serti au XVIIe siècle dans un encadrement en or, une célébration de l’âge d’or augustéen

Une historiographie très dynamique. Mutation politique de premier ordre : voir le livre de Ronald Syme (historien britannique, 1903-1989, The Roman Revolution, 1939). La manipulation idéologique augustéenne. Voir l’étude de Paul Zanker (né en 1937, auteur de Augustus und die Macht der Bilder, 1987). Voir le travail de Diane Favro sur la Rome d’Auguste (travail paru en 1996).

Virgule

Quelques points saillants du livre (1). Actium, érigé comme mythe fondateur par le pouvoir augustéen et ses porte-parole. Un épisode somme toute assez banal projeté dans le mythe par une propagande qui y a vu un affrontement historique entre l’Orient et l’Occident, l’intervention directe d’Apollon, le retour de l’âge d’or. La place des poètes dans la fabrication du mythe.

(2). Le thème de l’âge d’or (époque inaugurale de l’histoire du monde, caractérisée par un union des mortels et des dieux) est fondamental. Un des moteurs idéologiques du régime augustéen. Le rôle de Mécène et des poètes (Horace, Virgile, Properce). L’ara Pacis, l’autel de la Paix Auguste (nouveau culte instauré après le retour victorieux d’Auguste des provinces occidentales en 13 av. JC) et le retour de l’âge d’or. Le temple d’Apollon Palatin. Le théâtre antique d’Orange.

(3). Face à l’esthétique augustéenne. Ovide face à Virgile. Voir le début du sixième livre des Métamorphoses, réponse à Virgile dans la troisième Bucolique. Prétexte choisi par Ovide : un concours pour la plus belle tapisserie entre Athéna et une mortelle du nom d’Arachné. Ovide oppose à la tapisserie de Minerve/Athéna celle d’Arachné, qui représente à ses yeux le monde tel qu’il, où la réalité invincible de l’amour a toujours raison des artifices de la domination (p. 420).

Epilogue.

Augustus Prima Porta, statue découverte en 1863 dans la villa de Livie, à Prima Porta, sans doute une copie datant de 14 de notre ère d’une statue en bronze réalisée en 20 avant J.-C., statue aujourd’hui exposée au musée du Vatican