Emission 216 : 1619, l’autre naissance des Etats-Unis, avec Virginie Adane

Deux-cent-seizième numéro de Chemins d’histoire, vingt-et-unième de la sixième saison

Émission diffusée le vendredi 25 avril 2025

L’invitée : Virginie Adane, maîtresse de conférences à Nantes-Université, autrice de 1619, l’autre naissance des Etats-Unis, PUF, 2025.

Le thème : 1619, l’autre naissance des Etats-Unis

Le canevas de l’émission

Genèse de l’ouvrage. Une commande pour une nouvelle collection « Une année dans l’histoire », collection dirigée par Florian Louis. Un choix iconoclaste ? Voir aussi l’autre titre qui paraît, dans cette même collection, sur l’année 542 et la fin de l’Antiquité, un ouvrage signé Sylvain Destephen. Champ de spécialité de Virginie Adane : voir la publication d’un ouvrage tiré d’une thèse soutenue en 2017, ouvrage paru en 2024, Aux origines de New York. Femmes et hommes dans la formation d’une société coloniale (1624-1741), PUR. Un pas de côté ? De nature sans doute différente de ce qui est proposé au même moment par l’autrice, avec la publication de Des femmes en Amérique. Une histoire des Etats-Unis de Pocahontas à #MeToo, un ouvrage qui paraît chez Perrin.

L’attention nouvelle portée à 1619 depuis une quinzaine d’années. Dans le cadre de débats complexes dont la portée a largement échappé au public français, sauf dans leur expression la plus virulente, lors de la crise iconoclaste de l’été 2020, par exemple. Il s’agit bien d’« historiciser une mémoire collective et sa construction ». Avec des outils et des références épistémologiques renouvelés. Mais pas seulement… Il s’agit aussi de comprendre l’événement 1619, à l’aune d’une historiographie large, avec les apports de l’histoire globale et d’historiographies autres qu’étatsuniennes… et donc de refuser toute lecture nationale de l’événement. La question des échelles d’analyse pour comprendre 1619 est fondamentale.

Partir des acteurs et actrices principaux, à savoir les captives et captifs africains déportés d’Angola en Virginie. Construire « une micro-histoire de l’Atlantique en 1619 ». Explications : une démarche paradoxale. La marchandisation des captifs africains. La présence portugaise sur la côte d’Angole, entre XVe et début XVIIe siècle. Véritable entreprise coloniale aux dépens du royaume de Ndongo, dans la seconde moitié du XVIe siècle. Guerre et captures massives. Luanda, capitale conçue comme un « entrepôt d’esclaves ». Les négriers portugais consolident leur monopole (théorique du moins) pour le commerce des esclaves avec l’empire espagnol, avec l’union des couronnes de 1580. L’asiento de negros tel qu’il se développe depuis la fin du XVIe siècle.

La situation au tournant des années 1610 et 1620 (p. 29). Le navire négrier de 1619, la Sao Joa Bautista, lequel embarque 350 esclaves. Part de Luanda, fait route vers Veracruz (Mexique), où le chargement doit être vendu. Tout ne se passe pas comme prévu… Horreur pour les captifs. Sur les 350 captifs, près de la moitié meurt avant même l’attaque de deux navires corsaires anglais. Le navire fait relâche à la Jamaïque (147 captifs sont alors déclarés, 24 sont vendus sur place, les autres embarqués à bord d’une frégate, la Santa Ana, qui atteint sa destination, Veracruz, le 30 août 1619. 203 recensés comme pertes durant la traversée, soit 58 % (143 morts, ce qui est énorme, et une soixantaine d’individus saisis par les corsaires anglais). Le premier navire corsaire fait escale en Virginie, où il vend 29 esclaves, le second passe par la Virginie, où sont vendus 7 esclaves, avant de faire relâche aux Bermudes, où sont vendus 22 esclaves. Le White Lion (enregistré à Flessingue, en Zélande) et le Treasurer (armé en Angleterre), les deux navires corsaires. Le White Lion vend la plupart des corsaires en Virginie, à Point Comfort. Le Treasurer se voit entravé (explications). A la mesure des tensions entre puissances européennes outre-mer. L’activité de course visant les bâtiments espagnols (la flotte des Indes, mais pas seulement). Vente des captifs à des colons anglais, dans une province baptisée Virginie en l’honneur de la reine Elizabeth Ière. Portée symbolique des événements perçue dès 1619 ?

Quel sort pour les Africains et les Africaines asservis ? Esclaves et engagés. Les esclaves de 1619, ni les premiers esclaves du continent américain, ni les premiers esclaves d’origine africaine en Amérique, en Amérique du Nord ou dans l’empire britannique, la présence des esclaves restant faible jusqu’au milieu du XVIIe siècle. 1619, une étape.

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Mémorialisation d’abord tardive et confidentielle. Avant les années 2010 (le panneau commémoratif de 1994, texte et déplacements de Jamestown à Hampton). Les années 2010 (le nouveau panneau de 2015). Le 1619 Project (numéro spécial du New York Times Magazine, « examiner ce que l’esclavage a légué à l’Amérique », numéro piloté par Nikole Hannah-Jones). Quel projet ? Un nouveau récit des origines ? Au cœur des guerres culturelles qui traversent les Etats-Unis. La présidence Trump et le projet 1619. Les historiens professionnels face au 1619 Project. 2019 vu d’ailleurs (Royaume-Uni et continent africain).

Les chemins d’histoire de Virginie Adane.

Nikole Hannah-Jones, porteuse du 1619 Project