Emission 211 : Boîtes de nonnes ou petites cellules de religieuses, une histoire au long cours, du XVIIIe au XXIe siècle, avec Elisabeth Lusset et Isabelle Heullant-Donat

Deux-cent-onzième numéro de Chemins d’histoire, seizième de la sixième saison

Émission diffusée le samedi 22 février 2025

Les invitées : Elisabeth Lusset, chargée de recherche au CNRS, et Isabelle Heullant-Donat, professeure d’histoire médiévale à l’université de Reims-Champagne-Ardenne, codirectrices d’un ouvrage paru aux éditions de la Sorbonne et intitulé Une Vie en boîte. Cellules de religieuses et maquettes de couvent (XVIIIe-XXIe siècle).

Le thème : Boîtes de nonnes ou petites cellules religieuses, une histoire au long cours, du XVIIIe au XXIe siècle

Le canevas de l’émission

La rencontre avec les « boites de nonne ». Rencontre en 2017 alors qu’Elisabeth Lusset travaillait sur les espaces de l’enfermement, monastique et carcéral. Découverte du site internet de l’association « Trésors de ferveur » dont le président est Thierry Pinette, qui possède à ce jour la plus grande collection connue de cellules. L’idée du livre s’inscrit dans un processus, un mouvement progressif d’intérêt pour ces boites. Les historiens et les historiennes sont venus après les ethnologues, les artistes, les historiens de l’art.

De quoi parle-t-on ? Un objet sans nom ? Des noms multiples au XIXe siècle. Le syntagme « boite de nonne » a été popularisé en 1997 par la plasticienne Léna Vandrey. Difficulté de circonscrire l’objet. Dire à la fois la miniaturisation et la reproduction de l’espace réel et spirituel qu’est la cellule d’une religieuse. Préférer le terme « petite cellule » ou « cellule miniature » ? Définition, p. 12, et typologie. Le plus souvent, boite carrée ou rectangulaire de carte, de feuilles de papier encollées ou de bois, allant d’une dizaine à une quarantaine de centimètres, dotée d’une porte et d’une fenêtre, parfois surmontée d’un toit ou d’une voûte. L’objet se donne à voir et à contempler par une vitre frontale ou zénithale. Recouverte de papier ou de tissus, la cellule est parfois munie de pieds ou d’un système de suspension. Les cellules sont nichées dans des boites, mais aussi des œufs de cane, de poule ou de pigeon, des coquilles de noix (voir p. 184-185) ou d’escargot, des coquillages (dans une coquille Saint-Jacques, p. 284) ou des noix de coco. Les matériaux utilisés sont souvent des matériaux de récupération : mie de pain, vernie, plâtre, cire, chutes de tissu, bois, carton, papier. Images pieuses pour orner les parois. On connaît des kits pour confectionner les cellules (p. 13).

Quel corpus ? 500 cellules repérées dans une centaine de lieux, de l’Espagne aux Pays-Bas, de la Suisse et du Québec au Canada. Aucune cellule recensée en Italie, ou presque. Lieux de conservation et lieux de production (on peut identifier l’aire géographique de provenance, grâce à la langue des sentences). Plus rares sont les identifications de couvents. Il est possible d’identifier l’ordre religieux en fonction de l’habit et de l’iconographie (place importante du Carmel, autres ordres). Datations pas toujours évidentes (une histoire qui remonte au XVIIIe siècle, une grande période de production au XIXe siècle et au début du XXe siècle, jusque dans les années 1960 et même au-delà). Limites du corpus. Un objet à la fois très normé et qui présente une infinie variété d’arrangements. Quelle démarche historienne ? « Changer de méthode » (p. 18) ? La principale source pour comprendre les petites cellules demeure l’objet lui-même.

Quelle équipe de contributeurs ? 30 contributeurs et contributrices (dont 16 femmes), historiens, conservatrice, restauratrice, littéraire.

Virgule

Quelques aspects saillants du livre (1). L’objet. L’objet cellule. Point de départ : une cellule parlante de clarisse du début du XXe siècle, objet acquis par l’association Trésors de ferveur en 2014 et conservé à Chalon-sur-Saône. Description. Une cellule « parlante » : pourquoi ? Lecture, p. 93. Des cellules et des espaces communautaires (cloîtres, chœurs, ouvroirs, réfectoires, infirmeries).

Quelques aspects saillants du livre (2). Des objets à finalité dévotionnelle ? Pour les personnes extérieures au cloître (donner à voir une vie exemplaire, inviter à une démarche spirituelle, susciter des vocations, mettre en présence l’absente en commémorant son sacrifice ?), pour les moniales elles-mêmes. Voir ce qu’en dit Bernard Dompnier. Des cellules-reliquaires (Nicolas Guyard). Où ces boites étaient-elles entreposées ? Une sorte d’oratoire domestique ? Les boites disent aussi autre chose, sur le travail des religieuses et aussi sur leur temps libre, sur leur intimité.

Quelques aspects saillants du livre (3). Il semble plus aisé d’étudier la manière dont les petites cellules ont été collectées et ont circulé. La boite de Noémie (Lacoste), donnée par sa nièce Clotilde Astruc aux Archives départementales du Cantal. L’histoire de la boite par les archives et par le témoignage ? Voir p. 291 et s.

Epilogue.

Cellule de capucine, XIXe siècle, collection Trésors de ferveur