Deux-cent-dixième numéro de Chemins d’histoire, quinzième de la sixième saison
Émission diffusée le lundi 10 février 2025
L’invitée : Aurélie Paci, agrégée et docteure de l’université Paris I-Panthéon-Sorbonne, autrice d’une thèse, soutenue le 21 décembre 2024, sous la direction de Francis Joannès, thèse intitulée Les Pouvoirs locaux en haute Mésopotamie : composition, organisation et administration de l’Empire médio- et- néo-assyrien (XIVe-VIIIe siècles av. JC) d’après les sources textuelles.
Le thème : Les pouvoirs locaux en haute Mésopotamie entre XIVe et VIIIe siècle avant notre ère
Le canevas de l’émission
Comment en vient-on à s’intéresser à l’Assyrie et à l’Empire assyrien. Comment en devient-on spécialiste.
Quelques rappels sur le cadre historique. L’Assyrie au IIe millénaire. La période paléo-assyrienne (XXe-XIXe s. av. notre ère), la cité-Etat d’Aššur (aujourd’hui à 110 km au sud de Mossoul, en Irak). Au XVIIIe s. Un premier Dark Ages. Les sources commencent à se faire plus nombreuses à la fin du XVIe s. Des voisins importants (Hatti, Mittani et Babylone). A partir des XIVe et XIIIe s., phase d’expansion et de construction administrative de l’Assyrie. Point de départ de l’analyse proposée (période médio-assyrienne) : Erība-Adad I (1380-1354), Aššur-uballiṭ I (1353-1318), ce dernier règne étant marqué par une forte activité militaire assyrienne, qui n’est pas documentée par les inscriptions royales, mais qui se connait par des sources exogènes. Attention vers le sud et l’ouest des successeurs. Présentation géographique. Au XIIIe s. L’Assyrie entre XIIe et XIe s., une période réévaluée. Des changements géopolitiques (morcellement de l’empire hittite, dynastie kassite renversée, puis apparition des Araméens dans la région du Moyen Euphrate). Le temps du repli aux XIe et Xe s. L’Assyrie conserve un noyau territorial (Assur, Ninive et Arbèles) ainsi qu’un périmètre élargi. Une phase de reconquête (aux Xe et IXe s.). Du IXe au IIIe s., entre consolidations et troubles internes.
Espace d’étude : la haute Mésopotamie. Quel espace ? La notion de māt Aššur (« le pays du dieu Aššur »). Configuration géographique.
Comprendre l’articulation entre Empire et pouvoirs locaux. Les modèles historiographiques mobilisés. Modèle concentrique (« centre-périphérie ») de Paul Garelli. Modèle contesté, étoffé. Voir par exemple les travaux de John Nicholas Postgate (qui distingue māt Aššur et « royaumes clients », sans compter les « cas transitoires ») ou encore ceux de Bradley Parker (qui distingue un nœud de contrôle direct, une zone de contrôle hégémonique plutôt favorable aux Assyriens, et des régions plus autonomes ou hostiles qualifiées d’États ou de zones tampons) et de Bleda Düring (lequel parle de Patchwork Empire dans un ouvrage de 2020 et cherche à montrer la diversité et l’hétérogénéité des formes de domination assyriennes ainsi que leurs trajectoires, en distinguant cinq espaces ou modes de domination). Historiographie remet donc en question la centralisation du pouvoir assyrien ainsi que la standardisation des systèmes de domination, « pour mettre en lumière une variété de formes de contrôle territorial, qui coexiste avec des entités locales persistantes ».
Les « pouvoirs locaux » : de quoi s’agit-il ? Quelles caractéristiques ? Un ancrage territorial. Un certain degré de centralisation aussi. Une certaine autonomie. Les pouvoirs vassaux, la notion de vassalité. Les hauts dignitaires qui administrent des provinces ou des territoires conquis au nom d’Aššur s’inscrivent aussi dans le champ de notre étude. Hauts dignitaires à distinguer des gouverneurs de type classique. Liste proposée p. 39-40.
Quelles sources pour faire cette histoire ? Sources épigraphiques. Sources assyriennes. Fouilles et prospections archéologiques.
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Quelques résultats de l’étude (1). La dimension fédérale de l’Empire assyrien est nettement moins prononcée que celle, par exemple, des Empires mittanien et hittite. Mais les pouvoirs locaux ne sont pas rares. Les pouvoirs locaux ont des points d’appui pour accompagner la rapide expansion assyrienne. Pouvoirs locaux et frontières (les marges assyriennes comptent des formes variées de pouvoirs et de gouvernance). Pouvoirs locaux et consolidation de l’autorité assyrienne, pouvoirs locaux et domination. Les pouvoirs locaux ont participé au développement de l’Assyrie. Les révoltes, les tendances à l’indépendance (voir en particulier aux XIe et Xe siècles) n’ont « pas compromis le cœur assyrien ».
(2). L’organisation interne des pouvoirs locaux. Cours locales, temples et palais. Cultes locaux. Relations avec les entités extérieures à l’Assyrie. Evolutions entre les périodes médio-assyrienne et néo-assyrienne. Armées locales. Comment contrôler les pouvoirs locaux. La guerre. La diplomatie, les alliances matrimoniales. Contrôle et autonomie.
(3). Une typologie (non rigide !) des pouvoirs locaux. Les vassaux (ou clients) sont des tributaires classiques. Les royaumes provincialisés se caractérisent par une légitimité d’abord ancrée dans le local, même s’ils sont partiellement intégrés au système provincial ou central assyrien. Dans les domaines des hauts administrateurs, les dirigeants tiennent avant tout leur pouvoir d’une délégation du roi assyrien. Une 4e catégorie ? Les territoires dirigés par un administrateur assyrien décidant de s’émanciper de la tutelle assyrienne, voire de développer sa propre dynastie.
Epilogue.
