Deux-cent-sixième numéro de Chemins d’histoire, onzième de la sixième saison
Émission diffusée le vendredi 27 décembre 2024
L’invitée : Pauline Valade, docteure et agrégée en histoire, autrice d’un roman intitulé Bruno et Jean, Actes Sud, 2024.
Le thème : Avec Bruno Lenoir et Jean Diot, dans le Paris des Lumières
Le canevas de l’émission
La rencontre avec Bruno Lenoir et Jean Diot. Une plaque commémorative inaugurée en 2014 dans la rue Montorgueil à Paris, non loin de l’endroit où les deux hommes sont arrêtés le 4 janvier 1750.

Le dossier des Archives nationales, Y 10132, mentionné explicitement à la fin de l’ouvrage. Les pièces du dossier. Qui sont Bruno et Jean ? L’arrestation de Bruno Lenoir et de Jean Diot. Devant le commissaire Jacques François Charpentier. Les interrogatoires. Le procès. La condamnation. Les mots pour le dire (« sodomite », « pédéraste »), le crime de « sodomie », aboli en 1791.
Se saisir de cette histoire et restituer les mois qui précèdent l’arrestation de Jean Diot et de Bruno Lenoir. Le choix de la fiction. Fiction et pratique historienne (voir les petites notes explicatives qui parsèment le roman, outre la mention des archives à la fin du livre). Le goût de la description, une forme de libération pour l’historienne ?
Le cadre chronologique adopté : février 1749-juillet 1750. Début du roman : février 1749, lors des réjouissances pour la paix (à la suite du traité d’Aix-la-Chapelle, qui met fin, en 1748, à la guerre de succession d’Autriche). Contraste saisissant entre les réjouissances de février 1749, décrites avec minutie dans la continuité du travail doctoral (Le Goût de la joie. Réjouissances monarchiques et joie publique à Paris au XVIIIe siècle, Champ Vallon, 2021), et l’exécution de juillet 1750.
Virgule, avec chronologie afférente
L’histoire d’une rencontre imaginée. En février 1749. Lecture, p. 26-27, sur la Grève, au Roi Mouton (p. 50-51), dans les réjouissances paradoxales de 1749 (p. 89, 91). Jean et ce qu’il incarne (« de nombreux interdits », p. 97). Les promenades dans Paris. La construction d’une relation (voir p. 120-121), ce « désir dans l’obscurité » (p. 150) et dans l’inquiétude.
Des personnages secondaires qui donnent force à cette rencontre. Rosine, la fidèle amie de Bruno, « pas grande, […] pas belle non plus, […] avec sa grande bouche aux dents écorchées » (p. 31), « l’appui qu’il ne trouverait nulle part ailleurs » (p. 32). Rosine et Bruno (un mariage envisagé par Rosine, pour sauver Bruno, voir p. 244). Le viol de Rosine. L’enfant du viol, Jeanne. Paulin, connu sous le nom de « Lajoie », figure prémonitoire. Paulin, écrivain public, arrêté (voir p. 148), détruit par le Châtelet (p. 177), qui finit tragiquement (p. 222 et s.). Demi-Lune, « petit gamin, gringalet avec sa demi-face toute rose » (p. 65).

Une géographie du Paris des Lumières. Rue des Cordiers, ancienne rue du 5e arrondissement de Paris, où vit et travaille Bruno, chez son maître L’Epître. Rue de la Fromagerie, ancienne rue qui a disparu lors de la construction des Halles, en 1857, chez Jean (qui « vivait non loin de la charcutière qui l’employait et dormait au cinquième étage, dans une chambre minuscule qu’il louait à un marchand grainier du quartier des Halles », p. 94). De part et d’autre de la Seine, personnage à part entière du livre (p. 20). Le cimetière des Innocents, dans ce même quartier des Halles (voir p. 70, lecture). Un Paris populaire. Dans les rues. Dans les odeurs de Paris. Dans les cabarets. Un Paris homosexuel au XVIIIe siècle ? « Dans le monde secret des chevaliers de la Manchette » (p. 187). La rue Montorgueil (voir p. 104, p. 250, le jour fatal de l’arrestation). Le Paris des autorités, le Paris répressif. Le Châtelet. La Grève dont la place actuelle de l’hôtel de ville est l’agrandissement.

Epilogue.
Chronologie
En octobre-novembre 1748, le traité d’Aix-la-Chapelle met fin à la guerre de Succession d’Autriche. En février 1749, les réjouissances pour la paix sont organisées à Paris et dans l’ensemble du royaume. Le 4 janvier 1750, un sergent du Châtelet arrête, à Paris, rue Montorgueil, Bruno Lenoir, garçon cordonnier âgé de 20 ou 25 ans, et Jean Diot, garçon domestique chez une charcutière, âgé de 40 ans. Le sergent affirme avoir vu les deux hommes « en posture indécente et d’une manière répréhensible » et a recueilli le témoignage d’un passant qui « a dit les avoir vu commettre des crimes que la bienséance ne permet point d’exprimer par écrit ». Le 28 janvier 1750, à l’occasion d’interrogatoires, Bruno Lenoir et Jean Diot nient tout « crime » et toute « posture indécente » lors de la soirée du 4 janvier. Le 27 mai 1750, par une sentence du Châtelet de Paris, Bruno Lenoir et Jean Diot sont convaincus du crime de sodomie et condamnés à être brûlés vifs. La sentence est confirmée par un arrêt du Parlement de Paris, en date du 5 juin 1750. Il est précisé que les deux hommes seront secrètement étranglés avant de sentir le feu. L’exécution de Bruno Lenoir et de Jean Diot a lieu le 6 juillet 1750, à 5 heures du soir, en place de Grève.