Cent quatre-vingt-quatorzième numéro de Chemins d’histoire, trente-cinquième de la cinquième saison
Émission diffusée le vendredi 26 juillet 2024
L’invité : Adam Shatz, rédacteur en chef pour les États-Unis de la London Review of Books, auteur de Frantz Fanon. Une vie en révolutions, La Découverte, 2024 (traduction par Marc Saint-Upéry).
Le thème : Frantz Fanon (1925-1961), une vie intense
Le canevas de l’émission
Frantz Fanon en quelques mots. Né en 1925, mort en 1961, une vie intense, une figure devenue une icône. Comment qualifier Fanon ? Voir ce qu’en disait le quotidien Libération dans un compte rendu du livre de l’auteur, le 27 mars 2024. « Ecrivain ? Pamphlétaire ? Psychiatre ? Théoricien ? Soldat ? Militant ? Révolutionnaire ? Porte-parole et ambassadeur du FLN ? Noir ? Français ? Martiniquais ? » Tout cela à fois sans doute. Une œuvre en mouvement. Le choix d’une nouvelle biographie, alors que les livres et les études consacrés à Fanon sont innombrables. Voir la biographie de David Macey, un livre de référence parmi d’autres, publiée en français aux éditions de La Découverte, héritier des éditions Maspero, éditrices d’une partie de l’œuvre de Fanon, en particulier Les Damnés de la terre, la « lecture obligatoire pour les révolutionnaires des mouvements de libération nationale des années 1960 et 1970 ». Pourquoi un nouvel ouvrage ?
Virgule
(1) L’Antillais. Né en 1925 à Fort-de-France, en Martinique. Dans la Martinique de la Seconde Guerre mondiale (amiral Robert). Le choix de la résistance au fascisme. En mars 1944, il s’embarque pour l’Afrique du Nord. En France, blessé en 1945. Prend conscience du racisme colonial. Retour en Martinique. A Lyon. On ne sait pas grand-chose de son séjour et des amitiés qu’il y a nouées. La psychiatrie. La thèse, sous la direction de Jean Dechaume, en 1951. Des publications. Voir les articles publiés dans la revue Esprit, « La plainte du Noir : l’expérience vécue du Noir », 1951, une réflexion sur le « syndrome nord-africain », 1952, qui deviendra une partie de Peau noire, masques blancs, livre né de l’expérience de médecin à Lyon, livre qui transmet l’expérience raciale vécue par les Noirs et qui dénonce l’aveuglement des autorités médicales. Manuscrit achevé en 1951, pendant son séjour à l’hôpital de Dole, dans le Jura. Psychologie de la race et du colonialisme. Livre publié au Seuil, en avril 1952. De quoi ce livre est-il le nom ? L’expérience de Saint-Alban (Lozère, laboratoire de la psychiatrie radicale, berceau d’innovations thérapeutiques qui marquent profondément sa recherche d’une psychiatrie désaliénée au service des humiliés.).
(2) Arrive à Blida, en 1953, après un passage par l’hôpital de Pontorson (Manche). Devient médecin-chef d’une unité de l’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville, en Algérie. Un Noir Antillais dans une société coloniale. Face à l’explosion algérienne. Au Congrès international des écrivains et artistes noirs, à Paris, en septembre 1956. Engagements et démission. Voir la lettre de démission, envoyée au ministre résident, Robert Lacoste, à la fin de 1956 (p. 195). Arrivé en tant que Français en Algérie, en repart en tant qu’Algérien (p. 201). A Paris puis à Tunis via la Suisse. Reprend son activité de psychiatre (avec toujours le souci de désaliéner la psychiatrie), devient membre du comité de rédaction du journal francophone des insurgés, El Moudjahid. Rhétorique virulente. Au cœur du FLN et des luttes de pouvoir (voir l’assassinat d’Abane Ramdane, en décembre 1957). Publie en octobre 1959 (chez Maspero, écrit avec l’aide de Marie-Jeanne Manuellan) L’An V de la révolution algérienne, célébration de la « victoire du colonisé sur sa vieille peur et sur le désespoir ambiant distillé jour après jour par un colonialisme qui s’est installé dans une perspective d’éternité » (citation, p. 253). Ambassadeur du GPRA à Accra, en janvier 1960 (Fanon était présent à la conférence panafricaine des peuples, en décembre 1958). L’Afrique de Fanon : une Afrique « fantôme » ? A Léopoldville (à la conférence des Etats indépendants, fin août 1960), mission au Mali (novembre 1960).
(3) Fanon, malade (atteint d’une leucémie), dicte ce qui sera Les Damnés de la terre à Marie-Jeanne Manuellan, à Tunis. Rencontre avec Sartre (Beauvoir et Lanzmann) en Italie. La publication de Les Damnés de la terre, avec une préface de Jean-Paul Sartre, en novembre 1961, chez Maspero. Points forts. La question de la violence. La mort aux Etats-Unis, le 6 décembre 1961, près de Washington.
Héritages de Frantz Fanon.
Lectures (virgule et fin d’émission) : extrait de Marie-Jeanne Manuellan, Sous la dictée de Fanon, L’Amourier, 2017 ; extrait de Frantz Fanon, Les Damnés de la terre, (1961), La Découverte, 2004.
