Emission 187 : Relire les classiques et les contes de fées de l’époque moderne, avec Jennifer Tamas

Cent quatre-vingt-septième numéro de Chemins d’histoire, vingt-huitième de la cinquième saison

Émission diffusée le dimanche 5 mai 2024

L’invitée : Jennifer Tamas, Associate Professor à Rutgers University, autrice de Au non des femmes. Libérer nos classiques du regard masculin, Points, 2024 (1ère édition, Seuil, 2023), et de Faut-il en finir avec les contes de fées ?, La Martinière, 2024.

Le thème : Relire les classiques et les contes de fées de l’époque moderne

Le canevas de l’émission

Le projet du livre Au non des femmes. Au source du livre : l’affaire Weinstein et la vague #MeToo, 2017. De l’importance du livre de Vanessa Springora, Le Consentement, 2020. Le refus féminin qui gagne une force perlocutoire qui avait toujours été interdite aux femmes. Le projet : une archéologie des refus usurpés. Au-delà ou en deçà de l’effacement des femmes. « C’est le refus des femmes qui a été lui-même refusé, passé sous silence, effacé » (p. 13). « L’histoire que je veux retracer est celle des refus oubliés, effacés, incompris, ou irrecevables ». Le XVIIe siècle et le XVIIIe siècle y sont à l’honneur. Les femmes s’y sont singularisées par l’écriture.

Aux origines d’un oubli, celui des femmes et celui des refus des femmes. La Révolution française. Le XIXe siècle qui a fait émerger une certaine littérature classique, en canonisant un héritage culturel masculin ainsi que l’œuvre de quelques femmes (Madame de Sévigné). Les XXe et XXIe siècles. Le rôle du cinéma. L’exemple de l’industrie Disney. Le Male Gaze (voir les travaux de Laura Mulvey, les contes sont racontés selon un point de vue masculin, p. 74, les femmes passives du côté du Bien, les femmes agissantes du côté du Mal). Héritages audiovisuels. L’effacement des femmes par les femmes (voir ce que dit Simone de Beauvoir des œuvres des femmes sous l’Ancien Régime, p. 25).

Lire autrement et adopter un point de vue féministe. Changer notre perception des textes passés pour accepter leur valeur indépendamment des écrans masculins. Lire autrement notre patrimoine culturel mais aussi sortir de l’ombre un matrimoine magnifique et enthousiasmant. Des textes et des héroïnes (Andromaque, Bérénice, la princesse de Clèves, la quintessence du refus féminin, héroïne du non, intransigeance insupportable par les hommes du récit, Nemours et le vidame, comme pour certaines figures d’aujourd’hui, Nicolas Sarkozy ou Philippe Sollers) réinterrogés. Des classiques et des textes qui constituent une partie de notre culture populaire (p. 28).

La méthodologie et la manière de faire de Jennifer Tamas. Partir du présent pour remonter au passé (démarche inverse à celle qui domine dans les études littéraires à l’Université). Actualiser la réception des textes classiques… tout en prenant conscience des spécificités, des contextes, des contre-sens possibles (réflexion autour de la galanterie).

Virgule

Textes et figures (1). Le Petit Chaperon rouge (dans les Contes de Charles Perrault, une histoire terrible où une grand-mère et sa petite-fille sont dévorées par un loup, dans la version des frères Grimm). Un conte d’avertissement, un conte d’initiation sexuelle. Le Petit Chaperon rouge dans la version du Nivernais (dans une version recueillie par le folkloriste Achille Millien en 1885), le conte suggère ici un geste d’émancipation trouble mais profond. Version folklorique qui dévoile la puissante agentivité d’une jeune fille qui doit absorber le sang de sa grand-mère et manger sa chair.

Textes et figures (2). Nouveaux regards sur La Belle au bois dormant. De l’héritage audiovisuel au texte de Perrault. Première et deuxième partie du texte. Vision de Perrault bien différente de ce qu’on voit par la suite dans la version de Disney. Lecture et explications.

Textes et figures (3). Relectures de La Belle et la Bête, conte imaginé par Madame de Villeneuve, en 1740. Bien loin des adaptations par Disney, par Cocteau ou Gans. Ce conte n’est pas un récit de captivité. Une réflexion sur le pouvoir de dire non. La métaphore du consentement (voir p. 143). Madame de Villeneuve offre la fiction d’un consentement éclairé. Lecture et commentaires.

Les chemins de Jennifer Tamas.

Editions originales de La Princesse de Clèves (1678) et de La Jeune Amériquaine et les contes marins, par Madame de ***, où est publiée l’histoire de la Belle et de la Bête (par Gabrielle-Suzanne de Villeneuve, 1740). Au centre, gravure illustrant la Belle au bois dormant, dans Histoires ou contes du temps passé. Avec des moralitez, par Charles Perrault (1697)