Emission 176 : L’Empire post-romain, avec Sylvain Destephen

Cent soixante-seizième numéro de Chemins d’histoire, dix-septième de la cinquième saison

Émission diffusée le vendredi 26 janvier 2024

L’invité : Sylvain Destephen, professeur d’histoire romaine à l’université Caen-Normandie, directeur scientifique de l’ouvrage L’Empire post-romain, 400-600 après Jésus-Christ, Hermann, 2023 [voir aussi quelques pages de l’ouvrage].

Le thème : L’Empire post-romain

Le canevas de l’émission

Le projet. Un livre qui fait le point sur une période de transition, une période charnière. 22 auteurs, 14 hommes, 8 femmes. Une équipe internationale. Aux origines du projet. Quelle ambition historiographique ?

Au cœur de cette période : ce qui se passe en 476, date à laquelle un chef mercenaire germain (Odoacre) destitue un jeune empereur romain (surnommé Augustule). De quoi cet événement est-il le nom ? Pendant très longtemps, l’historiographie s’est intéressée moins à la réorganisation des anciennes provinces du monde romain qu’aux raisons de la chute de l’Empire romain d’Occident et à l’avènement des royaumes barbares. Voir le livre d’Alexander Demandt, livre publié en 1984 en allemand et qui s’intitule Der Fall Roms, qui a collecté les 210 raisons évoquées au fil siècles pour expliquer la « chute de Rome ». Le catastrophisme : un Empire qui tombe sous les coups des incursions, des déprédations et des destructions des Barbares, sinistre tableau complété par les soubresauts de la nature et une forme de dérèglement général, certains insistant sur l’origine interne de la crise finale, les causes endogènes l’emportant parfois sur les causes exogènes. Interprétations qui ont cours jusqu’au XXe siècle. L’angélisme : réinterprétation des événements à partir des années 1970. Revalorisation globale des phénomènes culturels. La notion d’Antiquité tardive. On insiste davantage sur les échanges, les communications, etc. L’idée de continuité amène à s’affranchir de la césure de 476. La notion de post-romanité, utilisé surtout à partir des années 2000. Le domaine de l’enquête : l’ensemble du monde méditerranéen, une unité temporelle ?

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Reconfigurations politiques. Représentation répandue et fallacieuse des invasions barbares (voir la p. 27, chapitre rédigé par Helmut Reimitz). Des relations anciennes. L’engagement de groupes et d’individus au service de l’Empire. Intervention croissante des chefs et des troupes dans la politique romaine, avec quelques épisodes cruciaux (410 mais aussi 476). La dislocation de l’Empire romain en Occident n’est pas une victoire des Barbares sur Rome mais plutôt le choix des élites romaines de collaborer de moins en moins avec le pouvoir impérial, de plus en plus avec les gouverneurs et les rois barbares. Coopération informelle, intérêts économiques communs. Nouveau monde organisé sur une base ethnique, dit Helmut Reimitz. Voir l’exemple du royaume des Francs avec l’usage des serments de fidélité. « Tournant ethnique du haut Moyen Age ».

La notion d’Empire à l’époque post-romaine (voir le chapitre rédigé par Mattia Cosimo Chritiatti et Pablo Poveda Arias). Beaucoup de variantes. On peut s’intéresser à la figure de Sidoine Apollinaire (exerce la préfecture de Rome en 468, évêque d’Auvergne à partir de 471, mort à Clermont en 486). D’après sa correspondance, évolue d’une identité purement romaine vers une mentalité organisée autour de l’orthodoxie chrétienne. L’Empire reste une source d’inspiration politique. Référence symbolique d’autorité.

Héritages et continuités. En termes juridiques. « Enfants de Rome », les royaumes « barbares » le sont aussi en ce qui concerne le droit, dit Sylvie Joye. De quelle manière ? La transmission du Code théodosien via le Bréviaire d’Alaric, adopté dans le royaume des Francs après 507. Forme de résilience aussi dans le domaine de la foi. « Le développement du christianisme ne fut pas outre mesure perturbé par la progressive duplication de l’Empire, ni même par la rapide désintégration de l’Occident romain », dit Bruno Dumézil (p. 177). Ce qui n’empêche pas les querelles doctrinales ou disciplinaires et les divisions confessionnelles.

Deux aspects de ce monde en transition. L’univers animalier et la question des mobilités, deux chapitres traités par Sylvain Destephen.

Couvertures d’ouvrages rédigés ou dirigés par Sylvain Destephen (De Boccard, 2016 ; Droz, 2018 ; Ellipses, 2022 ; Armand Colin, 2021 ; PUR, 2019)