Cent soixante-dixième numéro de Chemins d’histoire, onzième de la cinquième saison
Émission diffusée le mercredi 29 novembre 2023
L’invité : Jean-Marie Moeglin, membre de l’Institut, professeur émérite d’histoire médiévale à Sorbonne-Université, directeur d’études émérite à l’Ecole pratique des hautes études, directeur du Dictionnaire de la guerre de Cent Ans, Bouquins, 2023.
Le thème : La guerre de Cent Ans
Le canevas de l’émission
La genèse du projet. Des chiffres (46 auteurs, 16 femmes et 30 hommes, plus de 1500 pages, quelque 1250 notices, une bibliographie de plus de 900 titres). Un projet collectif mais porté par Jean-Marie Moeglin qui signe une très grande partie des notices. Une « très longue genèse », selon les mots qui figurent au début de la somme.
La guerre de Cent Ans en quelques mots. Voir ce qu’en dit l’encyclopédie numérique Wikipédia, « La guerre de Cent Ans est un conflit entrecoupé de trêves plus ou moins longues, opposant, de 1336 à 1453, la dynastie des Plantagenêt à celle des Valois, [et] à travers elles, le royaume d’Angleterre et celui de France. Le terme même de ‘guerre de Cent Ans’ est une construction historiographique établie au XIXe siècle, pour regrouper cette succession de conflits. » Commentaire et retour sur la construction historiographique. Le syntagme « guerre de Cent Ans » est né au XIXe siècle. Voir l’article des p. 666 et s. La qualification à l’époque moderne, le nom de guerre de Cent Ans (historien suisse Johannes von Müller, en 1786 ; l’expression « guerre de Cent Ans » remplace le vieux nom de « guerre des Anglais » entre les années 1820 et les années 1840).
Une attention très soutenue aux sources disponibles dans ce Dictionnaire. Quelles sources mobilisées et mises en vedette dans l’ouvrage (notices diverses, liste p. 1343 et s.) ? L’attention portée également aux historiens qui ont travaillé les sources, hier et aujourd’hui. Le discours historiographique : voir la notice « Historiographie et historiens de la guerre de Cent Ans, p. 707 et s. « Trois sens qui se sont en quelque sorte sédimentés de manière à faire de cette guerre une étape fondamentale dans la formation et l’histoire de la nation française que racontent les manuels d’histoire des XIXe et XXe siècles ». Libérer la France de l’occupant étranger, rendre son intégrité territoriale à la France, naissance de la France comme nation (sens qui apparaît plus tardivement, voir Claude Villaret, réfléchissant dans les années 1760 sur le redressement de la France sous Charles VII, « On ne peut trop insister sur cette vérité : le rétablissement de Charles VII sur le trône de ses pères fut l’ouvrage de la nation. Dans cette secousse si violente le royaume se reproduisit, pour ainsi dire, de sa propre substance »). Figures (exemple de Siméon Luce, 1833-1892, p. 837 et s.). Aujourd’hui, quelle historiographie ?
La guerre de Cent Ans, les phases rappelées dans l’introduction du Dictionnaire. Marche à la guerre. Aux origines de la querelle entre Edouard III et son cousin Philippe de Valois, le premier reprochant au second de lui avoir volé la couronne de France, à la fin des années 1330. Quel objectif pour Edouard III ? La guerre de Cent Ans commence comme une « faide chevaleresque », avec des forces en présence en apparence déséquilibrées. Les premières opérations, le désastre de 1356, près de Poitiers (Jean le Bon est fait prisonnier), les traités de Brétigny et de Calais (1360). Remise des territoires du Sud-Ouest par le roi de France mais d’échange des renonciations (à la couronne de France par Edouard, à la souveraineté sur l’Aquitaine pour Jean). L’avènement de Charles V, la rupture de la paix en 1368-1369, la reconquête française, la mort d’Edouard (1377). Charles VI et Richard II (destitué en 1399 et avènement du Lancastre Henry IV, puis Henry V, à partir de 1413). La lutte entre les partis de Bourgogne et d’Orléans en France, la défaite française d’Azincourt (1415), la folie de Charles VI. Le traité de Troyes, en 1420 (par lequel Henry V devient l’héritier du royaume de France). Henri VI face à Charles VI. Jeanne d’Arc. Du traité d’Arras (1435) à la conquête de la Guyenne (1453).
Virgule
Quelques idées générales et particulières (1). La guerre de Cent Ans : de l’importance des liens personnels, des affaires d’honneur blessées, du conflit central et des conflits périphériques (exemple de Charles II de Navarre dit Charles le Mauvais, notice de Philippe Charon, p. 949 et s.). (2). La guerre de Cent Ans et la genèse de l’Etat moderne. Voir le double article signé Claude Gauvard et Jean-Philippe Genêt, p. 555 et s. (3). La dimension internationale du conflit. Voir par exemple l’article Portugal, p. 1095. (4). Figures connues et moins connues. Quelques choix de Jean-Marie Moeglin. (5). La guerre de Cent Ans dans l’imaginaire occidental. Au théâtre ou à l’opéra, dans la littérature, etc.



Enluminures extraites du ms. fr. 2608 de la Bibl. nat. de France (fol. 481v, 483v et 521v) : siège de Reims (1359-1360), traité de Brétigny (1360) et couronnement de Richard II (1377)