Emission 169 : Juifs et conversion dans la Rome du XVIe siècle, avec Isabelle Poutrin

Cent soixante-neuvième numéro de Chemins d’histoire, dixième de la cinquième saison

Émission diffusée le mardi 21 novembre 2023

L’invitée : Isabelle Poutrin, professeure d’histoire moderne à l’université Reims-Champagne-Ardenne, autrice de Les Convertis du pape. Une famille de banquiers juifs à Rome au XVIe siècle, Seuil, 2023.

Le thème : Juifs et conversion dans la Rome du XVIe siècle

Le canevas de l’émission

Les voies de la recherche (1). Le changement de religion sous la contrainte a fait l’objet d’un livre Convertir les musulmans. Espagne, 1491-1609, PUF, 2012. Le choix du terrain romain. Le XVIe siècle. Le ghetto, à Rome. L’enfermement des juifs dans un quartier fermé (la nuit) est décrété par la bulle (14 juillet 1555) Cum nimis absurdum, bulle fulminée par le pape Paul IV. Contenu et détail. Outre les activités de prêt, le seul commerce qui leur est permis en principe est celui d’objets usagés. Les juifs ne peuvent soigner des chrétiens ni même les fréquenter. Obligation d’un signe distinctif. Le « sérail des juifs » est établi dans la région Sant’Angelo. Les juifs ont l’obligation de quitter l’Etat pontifical à l’exception de Rome, d’Ancône et d’Avignon, par la bulle Hebraeorum gens, le 4 mars 1569 (pape Pie V). Répit sous le pape Sixte V. Le ghetto, une alternative à l’expulsion des juifs ? Plutôt le complément des expulsions décrétées dans le reste des Etats du pape, une mesure coercitive qui a pour objectif de pousser les juifs vers le baptême. Voir la politique mise en œuvre par le pape Paul III (1542-1543, mesures en faveur des néophytes, fondation de la Maison des catéchumènes). Fondation du Collège des néophytes, en 1577, par le pape Grégoire XIII.

Les voies de la recherche (2). Deux ensembles de documents ont amené l’autrice sur le terrain romain. Une affaire concernant une certaine Flavia, jeune fille qui réclamait à son grand-père Ugo Boncompagni, néophyte comme elle, le paiement de sa dot au motif qu’elle était pauvre et qu’il était riche. Un ensemble de documents concernant les enfants de Joseph Ascarelli et de son épouse Debora, connue comme poétesse. Le couple cherchait à récupérer leurs quatre enfants, enlevés à l’automne 1604 dans des conditions dramatiques et baptisés malgré leur opposition. Connexion des deux ensembles documentaires et découverte de la famille Corcos.

Les voies de la recherche (3). Le tribunal de la Rote romaine. De quoi s’agit-il ? Isabelle Poutrin et la Rote. Le projet de recherche RotaRom17.

Virgule

Le monde des Corcos (1). Famille originaire d’Espagne, l’une des plus riches et des plus influentes de la communauté juive de Rome, illustre par ses rabbins et ses banquiers. La première conversion d’un Corcos qui ait laissé une trace dans la documentation date du 4 juin 1566, au début du pontificat de Pie V : celle d’Elia di Salamone Corcos. L’événement est rapporté dans un avviso de Rome (à la date du 8 juin 1566). Lecture, p. 63. Qui est Elia (50 ans au moment de son baptême) ? Quelles relations avec Pie V (Michele Ghislieri, avant son élection en janvier 1566) ? Elia Corcos, un converti-trophée, une grosse prise (p. 73). Le baptême de juin 1566, un événement extraordinaire.

Le monde des Corcos (2). Le 1er août 1581, Lazzaro Corcos reçoit le baptême ainsi que le prénom de Gregorio et le nom de Boncompagni, en hommage au pape régnant, Grégoire XIII. Un homme âge de 20 ans, administrateur de la synagogue castillane de Rome. Pourquoi ce choix ? Le rôle de Filippo Neri. Une « opération gagnante » (p. 107). Le baptême dans sa splendeur. A son tour, le 16 juin 1682, le père de Lazzaro, Salomone Corcos se fait catholique et reçoit le prénom d’Ugo, en même temps que sa femme (qui a longtemps résisté) et sa fille. Voir p. 114 et s. Des néophytes exemplaires. Maximiser la situation nouvelle de chrétiens. Enrichissement notoire. Privilèges, dignités, fonctions exercées. Statut nobiliaire et palais. Opérations de crédit et affaires. Conversions en chaîne : neveux de Salomone / Ugo, enlevés du ghetto et baptisés en grande cérémonie le 28 octobre 1592 (basilique Saint-Jean de Latran, en présence du pape Clément VIII, disciple de Filippo Neri). L’un des neveux (finalement nommé Agostino) devient Père de l’Oratoire et témoigne lors du procès de canonisation de Neri, mort en 1595. Explications à cet enchaînement de conversions.

Le monde des Corcos (3). La place des femmes. Résistances et refus. Exemple de Gemma Lizzati, la veuve de Jacob Corcos, le frère de Salomone / Ugo… finalement baptisée en février 1599. Ce qui provoque un nouvel enchaînement de conversions. Devora Corcos, la fille de Salomone / Ugo, reste juive. Refuse de se convertir (statut de femme mariée deux fois). Dénoncée par sa fille (Giulia, issue du premier mariage) ; l’enlèvement des enfants (Flavia du premier mariage et les trois du second mariage, fin 1604). Les enfants baptisés. La boucle bouclée : où l’on retrouve Flavia. Et Devora ? Portrait. De Devora Corcos à Debora Ascarelli (citation de Jacques Basnage, p. 232, voir aussi cet article de 2018, disponible en ligne).

Epilogue.

Plan de Rome au XVIe siècle, par Jacob Bos, estampe disponible sur le site gallica.bnf.fr