Emission 139 : Les étrangers à Athènes entre Ve et IIIe siècles avant notre ère, avec Romain Guicharrousse

Cent-trente-neuvième numéro de Chemins d’histoire, dix-septième numéro de la quatrième saison

Émission diffusée le dimanche 22 janvier 2023

L’invité : Romain Guicharrousse, maître de conférences à l’université Paris I-Panthéon-Sorbonne, auteur de Athènes en partage. Les étrangers au sein de la cité (Ve-IIIe siècles avant notre ère), Editions de la Sorbonne, 2023.

Le thème : Les étrangers à Athènes entre Ve et IIIe siècles avant notre ère

Le canevas de l’émission

Le livre publié en 2023, issu de la thèse soutenue en 2017, primée en 2019 (ce qui avait valu à l’auteur un passage dans nos Chemins, en janvier 2020, voir notre épisode 16). Quel en est l’objet ? La question des étrangers à Athènes entre Ve et IIIe siècles avant notre ère.

Les mots pour le dire. Les xénoi, terme plutôt réservé aux individus qui n’habitent pas la cité de manière pérenne. Les métoikoi, désignent ceux qui ont une origine étrangère, qui résident à Athènes et qui y acquittent une taxe. Fréquence de la dénomination, évolution. Autres dénominations : katoikountes, paroikoi, isotèles. Pluralité des statuts juridiques des étrangers dans la cité athénienne. Dénominations reprises par les étrangers eux-mêmes ? Le cas de la catégorie de métèque. Les communautés des exilés se dénomment le plus souvent par leur ethnique, soit par le nom de leur cité ou de leur région d’origine. La dénomination par l’activité. La résidence est-elle revendiquée par les étrangers ? Idée majeure : les dénominations des étrangers sont la plupart du temps le fruit d’une construction collective, au sein de communautés à la composition hétéroclite, par le biais de pratiques communes. Qu’entend-on par communautés ? De quels groupes s’agit-il ? Etrangers, assemblées mixtes. Quelles décisions sont-elles prises ? Conclusion de la première partie : les cadres légaux ne jouent pas en permanence.

Une étude lexicale qui dit aussi l’ambition de la thèse. Sortir de la question juridique (étranger comme « quasi-citoyen », Wilhelm von Wilamowitz-Moellendorff, 1887, ou comme « anti-citoyen », David Whitehead, 1977). Dépasser le cadre institutionnel, en jouant sur les échelles. Autre point : ne pas voir non plus les étrangers en mettant uniquement l’accent sur la prépondérance de l’activité économique. Voir les travaux de Marie-Françoise Baslez et ceux de Saber Mansouri.

Une histoire avec quelles sources ? Sources portant sur les étrangers, produites ou coproduites par les étrangers. Quelques exemples. Une histoire avec quelle méthodologie et quelles références ?

Virgule

Interrogation sur la place des étrangers à l’échelle infra-civique. Deux cas distincts mais complémentaires sont explorés dans l’ouvrage. Premier cas. Culte de Bendis, déesse d’origine thrace, divinité introduite à Athènes dans la seconde moitié du Ve siècle avant notre ère. Culte lié à des associations cultuelles dont les membres sont, au moins pour certains, étrangers. Documentation (épigraphie, reliefs votifs, statues, voir la première de couverture, statuette de Bendis, IVe siècle, musée royal de Mariemont, en Belgique) sur une période longue et qui a fait l’objet d’intenses débats historiographiques. L’analyse des groupes de fidèles constitue une entrée commode pour qui veut comprendre les interactions entre étrangers et citoyens. De quelles communautés (koina) cultuelles parle-t-on ? Groupe d’orgéons au Pirée, les orgéons de l’astu et les thiasotes à Salamine. Comment ces groupes fonctionnent-ils ? « La singularité du groupe n’est pas la somme des caractéristiques individuelles, mais une identification ethnicisée attribuée par la cité et, dans le même temps, revendiquée par les membres du groupe » (p. 189). Le culte de Bendis offre la vue d’une coopération possible, sur le temps long, entre des magistrats civiques, les hiéropes, et des « Thraces », dont certains sont citoyens et d’autres étrangers (p. 190). Fabrique du culte de Bendis est intégratrice. En quoi ? Procession annuelle et festivités. La cité, comme communauté de communautés.

Les communautés philosophiques intègrent également des étrangers. Des étrangers au long cours et de passage viennent philosopher à Athènes (quelques exemples, voir la carte de la p. 215, les cités natales des principaux stoïciens du IIIe siècle). Au sein de petits groupes, lesquels ? Quelles caractéristiques ? Toujours des communautés infra-civiques. Le groupe apparaît comme une porte d’entrée dans la vie athénienne. Etrangers et citoyens au sein de ces groupes. Une « nouvelle voie possible de la participation des étrangers à la vie d’Athènes, au sein de petites communautés bien insérées dans les réseaux sociaux de la cité ».

Dernier axe de réflexion, loin des structures communautaires. La construction des tombes. L’érection de tombeaux participe-t-elle à la création d’un paysage commun à tous les habitants ? L’installation de la tombe du défunt étranger, au bord des chemins athéniens, témoigne du processus par lequel l’individu prend place dans une société et participe à cette dernière. L’occupation de l’espace le long des routes est une manifestation claire de l’intégration dans la communauté des habitants d’Athènes. Pourquoi ? Qu’est-ce qui le montre ? Quelles preuves documentaires ?

Athènes, la cité des étrangers ? Chemins d’histoire et rapports à l’autre (voir la référence au Chasseur noir de Pierre Vidal-Naquet, au tout début du livre, p. 7).

Relief votif, Bendis et ses adorateurs, IVe siècle avant notre ère, production athénienne
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