Emission 118 : Parcours d’un anthropologue de la Grèce ancienne, avec Claude Calame

Cent-dix-huitième numéro de Chemins d’histoire, trente-septième numéro de la troisième saison

Émission diffusée le dimanche 3 juillet 2022

L’invité : Claude Calame, ancien professeur à l’université de Lausanne, directeur d’études émérite à l’Ecole des hautes études en sciences sociales.

Le thème : Parcours d’un anthropologue de la Grèce ancienne

Le canevas de l’émission

Comment qualifier Claude Calame ? Philologue, anthropologue, historien ?

Aux origines du goût pour la Grèce (dans les jeunes années). La formation au Collège classique cantonal de Lausanne (non mixte) avec du latin puis de l’allemand et enfin un programme de grec avec un enseignement portant sur la langue, sur la morphologie et sur la traduction. Une rigueur toute calviniste ? La Grèce par les textes… et par un voyage mémorable (à 16 ans, avec François Lasserre), en train, en passant par l’Italie (Brindisi) et en rejoignant d’abord Corfou. Quel itinéraire en Grèce ? Quelles sensations ? A l’université. L’étude de la langue grecque ; une tradition de longue haleine (fondation en 1537, Théodore de Bèze est recteur de la haute école de Lausanne entre 1552 et 1558, avant de rejoindre Jean Calvin, à Genève). Les maîtres : André Rivier (1914-1973) et François Lasserre, devenu universitaire (1919-1989). Quel type d’apprentissage ?

L’expérience à Hambourg (1968), collaboration scientifique au Lexikon des frühgriechischen Epos, sur la recommandation d’André Rivier. Quelle expertise accumulée pendant cette année à Hambourg ? Linguistique et anthropologie ? Le séjour à Paris (1969 ?). Séminaires de Jean-Pierre Vernant et de Marcel Detienne. Fait connaissance avec Pierre Vidal-Naquet. Fréquente, « dans les nuages de fumée de cigarette », le séminaire d’Algirdas Julien Greimas, en raison de son intérêt pour la linguistique générale, laquelle faisait sa mue en analyse des discours et en sémiotique, fournissant ainsi des outils précieux pour l’interprétation des textes (grecs), de la linguistique de la phrase à la linguistique du discours. A Urbino (bourse puis charge de cours, dès 1967 ? puis au début des années 1970). Rencontre avec Bruno Gentili (1915-2014), grand helléniste italien. La perspective anthropologique. Culture académique différente, effervescence italienne. « Une espèce de convergence entre ce qui s’est imposé comme une approche anthropologique de la Grèce antique et ma propre confrontation d’ordre anthropologique, d’ordre culturel, avec mon contexte de travail et mon implication politique » (entretien paru dans Anabases, en 2014).

Retour à Lausanne et enseignement au collège de Béthusy (Etablissement primaire et secondaire de Béthusy), puis à l’université de Lausanne (à partir de 1984). Soutenance de la thèse d’Etat, mûrie dans les années 1960 (soutenance et publication en 1977, Les Chœurs de jeunes filles en Grèce archaïque, 2 vol., le deuxième volume étant le commentaire ordonné de deux poèmes fragmentaires du poète spartiate Alcman, du VIIe siècle, le premier volume présentant une étude complète, visant à remettre en contexte les poèmes en question, des chœurs de jeunes filles dans la Grèce archaïque et classique, voir l’édition française, parue aux Belles Lettres, en 2019). Quelle approche ? Un comparatisme anthropologique d’inspiration structuraliste, qui s’oppose à la perspective historico-religieuse qui est par exemple celle d’Angelo Brelich (1913-1977). Une démarche, influencée notamment par les travaux de Marcel Detienne, en synchronie. Le comparatisme vu par Claude Calame. Prolongations (voir le Thésée et l’imaginaire athénien. Légende et culte en Grèce classique, première édition en 1990, ici pour l’édition, chez La Découverte, en 2018, et des travaux ultérieurs) ; l’idée du triangle comparatif (à définir), en travaillant sur les notions de mythe ou de rite d’initiation tribale. L’expérience en Papouasie-Nouvelle-Guinée (hiver 1981-1982, le Sepik, les Iatmul et en particulier le village de Palimbei, communauté qui pratique encore des rites d’initiation tribale).

Chercheur, enseignant et figure engagée (ATTAC, Ligue des droits de l’homme, SolidaritéS, SOS-Asile, etc.).

Virgule

Œuvre abondante et dense, de Les Chœurs des jeunes filles… jusqu’à La Tragédie chorale : poésie grecque et rituel musical, en passant par Thésée et l’imaginaire athénien…, L’Eros dans la Grèce antique ou encore Masques d’autorité. Fiction et pragmatique dans la poétique grecque, par exemple.

On peut se concentrer sur un ouvrage ouvert à un plus large public : Qu’est-ce que la mythologie grecque ?, un livre paru chez Gallimard, en 2015, dans la collection « Folio », version augmentée et en partie réécrite de la Poétique des mythes dans la Grèce antique, Hachette, 2000. Le mythe comme une invention moderne. Le terme grec existe (mûthos) mais signifie plein de choses. Les « mythes » que Claude Calame étudie sont des récits fictionnels, agissant parfois comme véridiques, parfois comme mensongers, récits qui sont le produit d’un processus de création rattaché à une pratique poétique. Ne pas détacher les mythes de leur contexte culturel de production, de la pragmatique. Approche donc à la fois linguistique et anthropologique. On ne peut réduire l’étude des « mythes » à des petits résumés mythographiques ou à des schémas narratifs détachés de leur support discursif et dépouillés de toute spécificité sémantique. Ce faisant est interrogée la relation entre mythe et rite.

Pour comprendre la méthodologie de Claude Calame, on peut suivre l’exemple du récit du rapt ou de l’enlèvement de Perséphone. Le récit du rapt, des versions antiques aux interprétations antiques et modernes. Retour au récit tel qu’il se présente chez Diodore de Sicile et dans l’Hymne homérique à Déméter. Avec quelle méthodologie ? Quelle analyse des discours ? Démonstration : dimension étiologique du poème en ligne avec l’institution des Mystères d’Eleusis. Comment cette démonstration se déploie-t-elle ? Voir la conclusion de l’analyse, p. 115-116.

Quelques liens

On peut lire divers entretiens donnés par Claude Calame, pour le compte du site vox-poetica.com (2007), de la revue Clio (2010), de la fondation Agalma (2013), de la revue Asdiwal (2014).

Thésée et Antiope, vase à figures rouges, Ve siècle avant Jésus-Christ, The Metropolitan Museum
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